CHAPITRE Vf
fragments épars sur le bureau de travail, cette lithographie est aèsez intéressante. Seulement on se demande si Tartiste a voulu peindre madame Hoffmann ou la muse des contes venant inspirer le poëte. Les portraits d'Hoffmann, publiés par sa veuve, dans Fédition des Œuvres posthumes, sont les seuls certains; ce sont des fac-similé exacts, d'après des dessins à la plume de son mari. Hoflmann s'est d'abord représenté de dos, ne laissant absolument voir que le derrière de sa tête. Il est assis près d'une table, auprès du lit de son ami Kunz, qui lit à la lueur de la chandelle un manuscrit. Hoffmann est impassible pendant la lecture du gros Kunz, et semble attendre un verre à la main.
Un autre croquis nous montre Hoffmann de profil, dessinant le médecin qui étudie la langue de Tami Kunz. Hoffmann, il faut le dire, a dans ce croquis un peu de la mine d'un juif allemand ; les favoris longs , la chevelure embrouillée, l'entassement du cou dans les épaules, l'apparentent quelque peu avec le type des bottiers de Strasbourg, si communs à Paris
Le plus curieux, sans contredit, est un simple trait à la plume, jeté en une minute sur le papier, portrait par lequel Hoffmann semble avoir voulu se moquer en passant des doctrines de Lavater, que Liclitemberg railla si cruellement à leur apparition. Chaque trait du visage d'Hoffmann est marqué d'une lettre de l'alphabet, qui correspond en bas à un tableau. C'est une simple farce contre la physiognomonie.
* Un artiste distingué , M. Villevielle , l'a fac-similé exactement : je destine ce portrait à cinquante personnes intelligentes.
On lit :
A, le nez. — le front. — C, les yeux. — beefsteacks, yin de Porto. (Le signe D est placé comme une mouche sur la joue; le beefsteack indique que la viande a donné aux joues d'Hoffmann la forme ^ et le vin de Porto la couleur.) — le trait ironique (la bouche.) — F, le menton long de comédie mal réussie. — les cheveux récemment arrangés^ ou des visions, des démons. (Hoflmann se moque lui-même de ses cheveux embrouillés, qui ne semblent pas avoir eu jamais de grands démêlés avec le peigne.) — H, cravate. — J, collet de Fhabit. — K, le bras d'une redingote avec des plis arbitraires. — Ly favoris, ou des pensées nocturnes d'un somnambule.
— M, le muscle de Méphistophélès, ou passion de meurtre et de vengeance, élixir du diable. (C'est au-dessus des sourcils qu'Hoffmann place les idées terribles et noires.)
— N, les yeux. — 0, oreille, ou la lettre d'apprentissage de Kreisler, qui n'est écouté ni compris. — P, et cœtera. (Par la lettre P, le caricaturiste indique la partie du corps qui n'est pas dessinée.)
Ce portrait, quoique dessiné par pure plaisanterie, est évidemment le meilleur qui nous reste d'après HoflPmann.
Les personnes emportées par leur imagination, qui croiraient trouver dans Hoffmann un caricaturiste plein de fantastiques et de capricieux traits de plume, seraient exposés à de grandes erreurs. Le Roi des Puces ;Iq Portrait de Blûcher, publiés en fac-similé prétendus exacts dans le Magasin pittoresque de 4833, le Dessin fantastique, dessiné par Henry Monnier, en 1834, dans le Musée des Familles, semblent exécutés justement à rebours de la