‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 47 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

fications et les cartes géographiques. Mais Hoffmann n'a trouvé au bout de sa plume ni la grande maladresse^ ni la grande naïveté qui font quelquefois qif un charbonnage jeté sur un mur par un galopin^ en revenant de Fécole^ est plein de charme. Les prétendus dessins de Gazette pour son roman du Diable amoureux (ces dessins que je crois faits dans une manière enfantine par un artiste trèssavant)^ sont plus originaux que les dessins d'Hoffmann; cependant on a relevé sur ses cahiers de notes mille petits croquis qui sont très-intéressants et qui se rapprochent plus que les grands dessins à la plume de la manière de Gazette. On y voit l'étudiant Anselmus avec sa longue pipe, des costumes de théâtre , Épiménide, Armide, Érasmus, un lion, des plans de maison, le carrosse du baron Lamothe-Fouqué , son ami, le docteur Dapertutto, des étudiants qui boivent, des portraits d'Hoffmann, des plans de théâtre, enfin mille fantaisies en un seul trait de plume, se rapportant à ses projets de scénarios de contes ou de théâtre.

Hoffmann a laissé un nombre considérable de caricatures qui n'ont pas été gravées; mais je m'étonne de le voir s'enthousiasmer pour des compositions peintes qui doivent ressembler aux plus faibles productions de l'empire, alors qu'il était de mode exclusive de ne voir que l'histoire romaine, témoin la lettre suivante adressée à Hitzig.

Berlin, 15 octobre 1798.

« U faut bientôt venir ici ; combien tu verras de choses nouvelles î Ton goût pour les beaux-arts trouvera dans ce splendide Berlin un riche aliment. Nous avons en ce moment des expositions de l'Acadé-

mie (les arts; tu viendrais admirer avec moi le zèle de nos artistes : Hackert^ qui vit en ce moment à Naples^ a envoyé pour cette exposition quatre magnifiques paysages peints à l'huile d'après nature; mais le plus beau morceau, c'est la famille de Julius Sabinus, par le professeur Rehberg^ à Rome , peint à l'huile^ de grandeur naturelle. Julius Sabinus^ fuyant les persécutions de Vespasien, s'est réfugié dans une caverne : brisé de douleur^ il est étendu par terre et il appuie sa tête sur les deux, mains; son fils est debout devant lui et demande en pleurant à manger. La femme, qui est assise par terre, lui tend une croûte de pain avec un regard plein de larmes, pendant qu'elle presse contre son sein son jeune enfant qu'elle nourrit. Ce morceau est d'un style admirablement beau et grandiose; il est peint de main de maître, d'après la manière italienne. La dernière scène des Brigands j de Schiller, dessin à l'encre de Chine, de Wolf, m'a également fort attiré à cause de son sentiment inimitable. Plusieurs autres tableaux m'auraient frappé d'admiration il y a un an ; mais aujourd'hui je suis presque gâté par la galerie de Dresde , où j'ai vu des chefs-d'œuvre de toutes les écoles. Je me sens rempli d'enthousiasme quand je me reporte dans la salle des Italiens ; figure-toi une salle qui est certainement une fois plus longue que la maison de ton oncle, à Kœnigsberg, dont les immenses murailles sont couvertes de bas en haut par les tableaux de Raphaël, du Gorrége, du Titien, de Battoni , etc.; en voyant tout cela, je me suis nécessairement convaincu que je ne sais rien. J'ai jeté là les couleurs, et je dessine des études comme un commençant : telle est ma résolution. Ce n'est que dans la peinture que je crois avoir fait de grands progrès; pour te le prouver, je t'enverrai certainement quelque chose. »

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