CHAPITRE VII
Hoffmann musicien.
Il y a deux hommes bien distincts dans Hoffmann^ Tun poëte et Fautre musicien; on pourrait dire même avec plus de raison^ Tun musicien et l'autre poëte^ car Tinstinct de la musique s'est éveillé le premier dans son esprit. Bien évidemment au début de la vie^ celui qui sera grand homme marche en tâtonnant. La tête pleine d'études encore fraîches^ il se souvient plutôt qu'il n'imite; les créations des hommes le frappent plus que les créations de la nature^ son intelligence bégaie encore. Mais chez Hoffmann^ qui fut un des grands artistes doubles^ tels qu'il s'en voit rarement^ la musique prit d'abord le pas sur la littérature.
On ne connaît pas Hoffmann musicien.
On ne le connaît même pas en Allemagne^ à plus forte raison on ne le connaît pas en France» Si quelques amis dévoués et intelligents n'avaient pris à cœur de nous conserver les précieux manuscrits posthumes du compositeur, son génie musical n'apparaîtrait que par échappées dans ses contes et plus particulièrement dans l'histoire du Matou
Murr et du maître de chapelle Kreuler^ et dans différents fragments connus sous le titre de Kreisleiriana.
Pour tout musicien intelligent^ il est évident qu'un critique musical tel qu'Hoffmann n'est pas un de ces êtres qui se servent au hasard de la technologie musicale pour donner un manteau neuf et voyant à leur littérature. Rien n'est plus facile que de tromper le public à l'aide d'un dictionnaire et d'un manuel ; en deux jours d'études, un ignorant pourra paraître l'homme le plus savant aux lecteurs de gazettes; à l'aide d'un traité d'astronomie, dont je ne sais pas le premier mot, j'écrirai, en étudiant quelque peu, un roman où je discuterai les questions astronomiques avec la science apparente d'un membre de l'Observatoire. De nos jours, on a poussé fort loin ce petit charlatanisme, et j'ai vu souvent de jeunes poètes, amis ardents des formes grecques , passer des mois entiers à reconstituer un Olympe païen dont ils font un pompeux étalage dans leurs vers ; d'autres poètes se vantent d'être plus forts que des lapidaires, et savent le nom de toutes les pierres précieuses depuis le commencement du monde. Ils enchâssent le nom de ces pierres dans leurs poésies, et s'imaginent avec une forte naïveté que leurs sonnets brillent comme le diamant du Régent. L'ardeur à courir vers le nouveau a produit ces observations qui peuvent séduire un moment par l'étrangeté, mais qui tombent dès que l'art, au lieu de s'appuyer sur la passion, s'abaisse à mettre en relief de simples chrysocales.
Hoffmann a bien parlé de la musique, parce qu'il la comprenait et la sentait, parce qu'il en souffrait, parce qu'il en était possédé, nourri, imbu; et il ne connaissait pas la