CHAPITRE VII
musique en simple amateur^ en instrumentiste, il la pratiquait en compositeur, en maître.
Bien des fois j'ai demandé à des musiciens : « Connaissez-vous la musique d'Hoffmann ? » Si le plus souvent on me répondait non, quelquefois on haussait les épaules. Un des compositeurs les plus romantiques de ce temps m'a répondu : (( C'est de la musique de littérateur. » Malgré le dédain de cette réponse, je fus ravi. — « Vous en avez entendu? lui dis-je. - — Du tout. » Je retombai dans mon désenchantement; le romantique M. Berlioz, qui traitait si cruellement les compositions d'Hoffmann, avait été en Allemagne pour répandre son tapage, sans chercher à s'enquérir de la musique d'Hoffmann. Pénétré d'une idée fixe, j'aurais voulu la voir partager par tout le monde.
Une douzaine de biographes constatent qu'Hoffmann a composé la musique de divers opéras, mais, disent-ils, les partitions n'ayant pas été gravées, les manuscrits ont disparu. Ces raisons ne faisaient qu'irriter ma curiosité ; des manuscrits ne se perdent pas de la sorte, et je me sentais devenir jaloux des savants qui retrouvent et qui déterrent des palais assyriens. J'aurais donné volontiers quelques momies d'Egypte pour une page de la musique d'Hoffmann.
Les hommes de génie qui meurent, laissant des œuvres dispersées de côté et d'autres, des fragments qu'on retrouve longtemps après leur mort, sont autrement intéressants que ces génies rangés, dont l'œuvre est tout de suite classée en un nombre considérable de volumes in-octavo bien reliés. Aussi Diderot (dont une certaine partie de manusciits est toujours à publier, et qui n'a jamais été imprimé
entièrement et uniformément) est un homme plus curieux que Voltaire, dont les œuvres complètes m'effraient toujours tant elles sont bien mises en ordre dans leurs quatre-vingts volumes à la porte des libraires.
Outre que Tœuvre poétique d'Hoffmann est mal traduite, abrégée et incomplète en France , Tœuvre musicale ne Test pas du tout.
A force de recherches, j'ai fini par me procurer de la musique d'Hoffmann, que j'espère faire entendre un jour à Paris mais il est bon de montrer ce qu'est Hoffmann musicien.
Hoffmann fut pianiste, violoniste, harpiste, chanteur, chef d'orchestre de théâtre et chef d'orchestre de concert. Il connut ainsi tous les degrés de l'échelle musicale. Bon instrumentiste, il toucha à tout; conduisant des masses d'exécutants, de choristes, soit au théâtre, soit dans les églises, il reçut la meilleure éducation qu'on puisse souhaiter à un compositeur : aussi est-ce avec le plus grand respect que je toucherai à l'analyse de ses compositions musicales, qui, d'ailleurs, ont été décrites avec soin par de grands maîtres, entre lesquels je signale Charles-Marie de Weber.
Hoffmann a laissé une œuvre imprimée très-étendue , outre sa musique et ses dessins ; cependant ces trois arts qui pénétrèrent sa vie si tourmentée, ne furent guère qu'un délassement de sa vie de conseiller*
* Pour ne tromper personne, je fais graver expressément pour cette édition un duo d'Hoffmann qui contient plus de mélodie en quelques lignes que toutes les œuvres de M. Berlioz. On jugera si Hoffmann est un musicter\r-iiuèrateur, suivant le critique des Débats , grand nmsicien à ce qu'il prétend, mais peu littérateur à mon sentiment.