‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 58 sur 179 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

badinages dans ses quartettes déparent l'œuvre entière. Les petits menuets qu'il écrit ordinairement en scherzo allegro sont très-piquants par leurs transitions originales; mais souvent ils ne sont rien moins que des scherzo.

8 octobre.

Je ttîe tourmente de Fidée de faire un trio pour le fortepiano ^ le violon et le violoncelle. Mon avis est que je puis faire quelque chose dans ce genre. Haydn sera mon maître^ de même que Haendel et Mozart Font été pour la musique vocale. Je termine en poussant mon soupir^ qui est ma litanie journalière : Quand aurai-je ma liberté? Lorsque j'étais encore à Glogaa, j'entendis un major russe^ Polonais de naissance^ qui avait été enfermé dans la forteresse à cause d'un duel^ s'écrier le jour où ses arrêts finissaient^ et ou le commandant lui annonçait sa liberté : Ah l je suis libre! (en français). L'expression^ la voix ^ me traversèrent l'âme ; je partageai son iwissement^ je pensai à Yorick et à Fétourneau prisonnier. Oh ! je suis prisonnier^ je suis dans les fers; quand sonnera l'heure de la délivrance !

16 octobre,

Ai-je été mis au monde pour être peintre ou musicien? Il faudra que je soumette la question au président ou au grand chancelier; ces messieurs doivent le savoir.

17 octobre.

J'ai travaillé tout le jour. Hélas 1 je deviens de plus en plus conseiller d'Élat. Qui aurait pensé cela il y a trois ans ! La muse s'envole, la poussière des actes trouble et obscurcit la vue, le journal devient curieux parce qu'il donne idée de Timmense misère dans laquelle je m'engloutis ici. Où sont mes projets ? Où sont mes beaux plans pour Tavenir? Tout-puissant B**"", prie pour moi; enlève-moi hors de cette vallée de gémissements pour me transporter dans le paradis sur les bords de TElbe, ou laisse-moi voir le Rhin dans le lointain comme Moïse a vu la terre promise.

20 octobre.

Je me suis vu imprimer pour la première fois dans le journal. J'ai refog^we la feuille vingt fois avec le regard attendri et aimant de la joie paternelle. Charmant aspect de la carrière littéraire î II faut que je me mette maintenant à faire quelque chose de très-malin.

17 novembre.

M. Naegeli (à qui Hoffmann avait envoyé des compositions pour son répertoire du claveciniste, et qui les lui avait renvoyées) m'a dit où j'en suis. 11 est assez singulier que le jour môme où j'ai été convaincu de la misérabilité de mes compositions, j'ai eu le courage de faire un andaïitc. Maintenant je veux faire un livre.

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