CHAPITRE X
se répandent en roulades harmonieuses^ tantôt fortes et impérieuses annoncent sa puissance. L'ariette du deuxième acte, traitée avec un charme si rare et si spirituel, me paraît être réussie au plus haut degré et rendre parfaitement ce caractère, etc., etc. Cet Huldbrand si passionné, voguant, chancelant et se laissant entraîner à chaque désir amoureux, et le pieux et simple prêtre, avec sa grave mélodie chorale, sont ensuite les plus importants. Sur un plan plus éloigné se trouvent Bertalda, le pêcheur et la pêcheuse, le duc et la duchesse. Les chœurs de là suite de ces derniers respirent une vie joyeuse, animée, qui, dans quelques morceaux, s'élève et se déploie avec une gaieté bienfaisante en contraste avec les sombres chœurs des esprits de la terre et des eaux, qui se développent par progressions serrées, étranges.
« La fin de Topéra, dans laquelle Fauteur déploie, comme pour couronner son œuvre, toute son abondance d'harmonie dans le double chœur à huit voix, me paraît grandement pensée, et parfaitement rendue. L'artiste a exprimé ces mots : « Bonne nuit à tous les soucis et à toute la magnificence dé la terre » par une véritable grandeur et une douce mélancolie, qui, malgré la conclusion tragique de la pièce, laisse pourtant derrière elle une délicieuse impression de calme et de consolation. L'ouverture et le chœur final qui enveloppent l'ouvrage se donnent ici la main. La première, qui évoque et ouvre le monde des merveilles, commence doucement, va toujours en croissant, puis éclate avec passion, et, immédiatement après, le dernier arrive sans brusquerie, et, pénétrant dans l'action, calme et satisfait complètement. L'œuvre entière est
line des pins spirituelles que ces derniers temps nous aient données. C'est le produit de l'intelligence la plus complète et la plus intime du sujet complétée par une marche d'idées profondément réfléchies et par le calcul de toutes les ressources matérielles de Tart^ le tout rendu en une helle œuvre d'art par des mélodies belles et profondément méditées. »
Écrit à Berlin en janvier 1817*
G. M. DE Weber,
Je tenais d'autant plus à citer cet important morceau de critique^ que Walter Scott a jugé aussi légèrement la musique d'Hoffmann que ses contes ; a Sa musique, dit-il^ ne fut qu'un assemblage de sons étranges^ ses dessins que des caricatures^ ses contes^ comme il (Hoffmann) ledit lui-même, que des extravagances. >>
L'analyse suivante^ de M, Marx^ de Berlin, ne peut être comprise que par les enthousiastes de la musique : Sous sa forme, bien éloignée de la légèreté musicale de nos critiques, on sent l'idée allemande, habillée de lourdes étoffes, et les lecteurs seuls de M. de Lenz le Russe (Voir Beethoven et ses trois styles) , pourront méditer ces pages qui démontrent avec quelle insouciance de plume W. Scott a jugé des compositions qu'il ne connaissait pas. Les critiques agissent trop souvent de la sorte. Le romancier écossais vient de parler de musique. Voici comment un musicien parle de littérature :
« Après avoir terminé ses études, dit M. Fétis, particulièrement celle de la jurisprudence, Hoffmann abandonna tout a coup la carrière des sciences pour se livrer à ses goûts de dissipation , donna des leçons de musique pour vivre, entreprit de peindre des tableaux de grande dimension, écrivit des romans licencieux, et ne put parvenir à se faire remarquer dans aucun de ces genres. »
Je ne sais où M. Fétis a découvert les romans licencieux d'Hoffmann; mais s'il faut s'en rapporter à son jugement musical d'après son appréciation littéraire , les quelques lignes suivantes de la bio-