CHAPITRE X
extérieur de départ (celui de Thomme frappé de terreur par les fantômes^ de frayeur, etc.), et ce sentiment répondait aussi parfaitement à Forganisation d'Hofimann pour la musique, qu'à son amour particulier pour le fantastique. Ces scènes sont toutes admirables; je ne les lis jamais dans la partition, je ne les exécute jamais sur le piano sans qu'elles me fassent frissonner ; si, au contraire, j'entends YOndine et les autres œuvres (voir les chiffres 4, 5 et 6 dn catalogue musical précédent), dans les autres personnages, alors ce ne sont pas ces personnages qui parlent, mais bien plutôt Hoffmann qui raconte leurs impressions. Il ne paraît point parvenu à s'identifier complètement avecOndine, Huldbrand, etc.^ comme il Texige lui-même des compositeurs ou comme je l'exigerais moimême ; il s'est plutôt figuré comment ces personnages devaient sentir et s'exprimer; et c'est ce que l'on voit dans sa musique.
Je suis obligé de renoncer à toute preuve de ce que j'avance, car les compositions dont je parle ne sont pas encore imprimées, et n'ont plus été exécutées depuis longtemps. Oui, si après mes opinions ci-dessus énoncées je conviens volontiers et en toute sincérité combien de belles choses j'ai cependant trouvé dans cette série de créations d'Hoffmann, on y verra peut-être une restriction à ce que j'ai dit, et pourtant il n'en est rien.
Le rapport musical d'un objet, d'une personne, ne peut-il donc pas rendre beaucoup de bien , de vrai, de beau et de très-vivant? La plupart des œuvres d'art, on peut le dire sans injustice, ne sont pas autre chose qu'un rapport pareil ou une description, une copie. Mais que.
contraste d'un être vivant qui a été vivifié par Part et qui est organisé en lui-même. Vlphigénie^ de Gluck ^ VOEdipe, de Sacchini, Sila, de Haendel, Saûl , Anna et Juan, de Mozart^ ne sont pas des peintures de ces personnes^ elles ne leur ressemblent pas^, elles sont ces personnes mêmes. Qu'on mette à côté un caractère de Paer ou de Righini, et l'on reconnaîtra la justesse de mes distinctions^ sans dénier cependant à la création de ces derniers ouvrages beaucoup de beautés. Tel sera le sort des créations d'Hoffmann^ et ce jugement est déjà réalisé en partie. J'entends dire cependant que entre autres la romance du vieux pécheur^ du premier acte^, et celle d'Ondine^ du second acte de cet opéra ^ sont devenus les morceaux favoris d'une grande partie du public.
Ce fut une tâche agréable pour Hoffmann que la composition de la musique de la Croix de la mer Baltique. Il s'agissait ici de représenter les anciens Prussiens sauvages^ rudes , avec la nature indomptable^ inflexible^ qui s'effarouchait même de la religion et des dieux comme d'un lien d'esclavage. Je ne connais ni poète ni musicien à qui la représentation de ces hommes bestiaux ait aussi bien réussi qu'à Werner et à Hoffmann.
La langue lutte encore à la poursuite de Fexpression; toute la modulation des voix s'efforce de devenir langage^ et je vois le sauvage luttant de sons^ de regards et de gestes, pour suppléer à la parole, au geste et à la construction qui lui manquent. J'ai un de ces chants, i, arrangé pour le piano, qui fut imprimé non comme le mieux réussi, mais comme le plus court; il me semble si vivant que je suis tenté de prendre l'un (le premier) pour une peinture de