‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 70 sur 179 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

gestes, un autre pour peinture de mines un autre pour peinture de tons ^ car paroles, ton, même cri bestial, mines et gestes, voilà bien les ingrédients du langage des sauvages. Pour faire connaître la musique d'Hoffmann par son côté plus tendre à ceux qui trouveraient ces chants trop rudes et qui ne veulent pas accorder aux Prussiens barbares une langue plus forte que dans le Sacrifice interrompu des Péruviens y ou aux Scythes, dans VlphigéniCy j'ai ajouté un morceau d un Miserere ^ composition qui a plus de titre à être publiée que nombre de celles qui sont publiées depuis longtemps. Que l'extrait donné sous le

2 serve à le caractériser. En le publiant, j'ai encore une autre intention , s'il me faut citer la musique de la Croix de la mer Baltique comme la plus originale et la mieux réussie de ses compositions. L'originalité, la crudité pleine d'art, le mépris profondément intentionnel de beaucoup de moyens bien propres à fondre l'expression en l'adoucissant, a pu détourner l'œil de la perfection technique atteinte par Hoffmann. Le petit morceau du Miserere pourra le rappeler d'une manière agréable.

Quelque insignifiante que soit d'ailleurs, par rapport au contre-point, l'imitation entre des voix supérieures et inférieures, la noble simplicité et la piété de l'ensemble m'ont déterminé à préférer cet exemple du degré de perfection atteint par Hoffmann dans l'harmonie et le contrepoint.

Sans avoir entendu Vopéra à'Ondim, on sent que M. Marx a raison : tout ce qui est vision ou fantôme dans l'opéra a été traité merveilleusement, musicalement par l'auteur du Conseiller Krespel; sans être médiocre, le reste n'a pas la même valeur, parce qu'Hoffmann a été

rarement objectif j p^rce qu'il fait vivre ou marcher^ pour ainsi dire, ses personnages avec cette singulière opération médicale qu'on appelle la transfusion du sang. Tous ses types vivent de sa vie , souffrent de ses souffrances et ont un système nerveux identique. Qu'on regarde la famille d'Ostade au Louvre, cette nichée d'enfants qui ne sont pas jolis et qui sont si charmants avec leur sourire honnête, leurs vêtements noirs, leur douce tranquillité de foyer, leur calme flamand à peine troublé par un rayon de soleil qui traverse un nuage de fumée de tabac : tous ces enfants et leurs parents sont bien sortis du même sang ; jamais Tadultère n'a introduit des principes étrangers dans cette honnête famille. Les personnages d'HofTmann sont dans les mêmes conditions de ressemblance : ils ont tous le même père; ce qui n'exclut pas l'originalité des types. Maïs il est évident qu'Hoffmann avec ses étudiants, ses conseillers grotesques, ses docteurs ridicules, ses étranges caricatures, ses mandragores et ses êtres bizarres, eût pu difficilement tirer autre chose de sa cervelle.

Aussi faut-il être un de ces critiques ineptes comme il en existe tant aujourd'hui, pour demander raison à un auteur du motif favori qui le pousse à peindre telle classe plutôt que telle autre. Perpétuellement on rencontre de ces braves gens qui , voyant un roman de pauvres gens, voudraient les voir habillés avec du velours et des toques.

Un homme qui peint ce qu'il voit, ce qu'il observe et ce qu'il sent (mais on ne saurait trop insister sur la sincérité et la conviction de ce sentiment), produit des œuvres dans les conditions de l'art.

M. Fétis cite comme publié un cahier de chansons itahennes et allemandes, avec accompagnement de piano, et quelques duos pour soprano et ténor. Cette musique est introuvable aujourd'hui. Je possède les : Sechs italienische Duettinen fur Sopran und Ténor ; ce sont des mélodies pleines de charmes , qui révèlent un véritable compositeur et non pas un musicien littérateur.

Un de ces duos est joint à la suite du volume.

Page 1