CHAPITRE Xf
crire. La salle était remplie de dames en grande toilette. B. K. D, Je lui dis quelques mots^ à elle^ et me plaçai ensuite dans un coin retiré pour jouir entièrement de la musique. L'air 0 vous! âmes créées sensibles ^ un des plus beaux de Toratorio^ J... Fa chanté avec un sentiment qui arracha des larmes à maints beaux yeux et des soupirs profonds à moi^ incapable de larmes; le pathétique solennel des choraux me perçait la moelle et les os; j'aurais aimé à mourir en ce moment-là. La W... a chanté le Gethsamene, le premier récitatif et Pair qui suit avec une expression d'un doux et triste sentiment; sa figure s'harmonisait avec ce qu'elle chantait. Tous les chanteurs et cantatrices étaient habillés de noir. Que n'as-tu entendu cette musique ! Adieu cher ami^ pense souvent à ton
Kœnigsberg^^^ septembre 4795,
Un entretien avec toi^ ne puisse-t-il avoir lieu que par lettre^ me fera certainement du bien. Jamais^ non jamais^ je n'ai senti plus vivement ta perte que pendant la soirée d'aujourd'hui. Les plaies qui étaient déjà presque entièrement guéries se sont de nouveau rouvertes par suite de nouveaux incidents ^ et je ne doute plus de leur incurabilité. A toi^ à toi seul ^ je puis dire ce que j'éprouve... Quand je reçus la nouvelle que tout irait comme parle passée que les mêmes scènes se renouvelleraient^ je pris machinalement mon chapeau et ma canne; lorsque je revins un peu à moi-même^ je me trouvai à Rollberg^ et j'avais le marteau de la porte de ton ancienne demeure à la
main. Vainement je te tracerais cette sensation : nne larme roulait dans mes yeux ;1 chez moi^ cela veut dire coup. Je sentais un affreux vide dans mon cœur. Personne^ personne à qui je paisse me plaindre ! Ce que nous étions l'un à Fautre, je suis fier de pouvoir le dire franchement^ tu ne trouveras à me remplacer nulle part^ et moi non plus j^ ne retrouverai où que ce soit, même ton ombre. Je hais à mort ces connaissances qu'on décore du nom d'amitiés. Une certaine personne fut assez niaise, assez carpe, pour me dire avec le plus lourd aplomb: c( Oui vraiment, il est parti, tu devrais te choisir un autre ami. » Quelle était cette personne ? c'est ce que tu reconnaîtras aisément à ce portrait. Mon sort est triste; justement au moment même où je sens toute l'étendue du bonheur que je pouvais goûter, je cours le danger de le perdre à jamais. Je tomberais dans le désespoir sans mon piano; il me procure encore quelque consolation au milieu de l'orage de mille sentiments tourmentants. C'est comme si un génie pacifique et consolateur planait autour de moi, quand, en dernier lieu, à demi enivré des allées indépendantes et sans retour de mon imagination, je me perds entièrement dans moi-même. J'ai maintenant auprès de moi J...; je l'aime bien. Un autre esprit semble l'animer quand il prend son violon; mais non, un lien tel que le nôtre est unique, nous n'aurions jamais dù nous séparer. Et, maintenant, laisse-moi emprunter une comparaison à ma chère musique. Imagine-toi une symphonie jouée par les plus grands virtuoses , sur les instruments les plus parfaits ; imagine-toiles passages les plus doux d'un adagio exécuté pianissimo ; ton sentiment est tendu au plus haut point ;