CHAPITRE I
propre peau comme une large camisole^ comme un spencer naturel. »
Ce discours d'Anselme a été traduit par M. Loëve-Weymar : il murmurait des paroles inintelligibles. Est-il^ au contraire^ rien de plus clair? Mais les quelques lignes sui- Yantes^ également supprimées^ ont une valeur immense quand on les rapproche de la biographie d'Hoffmann.
c( Lorsque enfin se donna la bataille de Leipzig, dit Anselme^ toute TAlIemagne poussa des cris de Joie, fière et heureuse d'avoir reconquis son indépendance^ et nous^ nous étions encore dans les chaînes de Fesclavage. Il me semblait que je devais^ par une action extraordinaire^ chercher à procurer de Fair et de la liberté à moi et à tous ceux qui étaient comme moi captifs,. Cela peut te paraître plaisant^ d'après le caractère qae tu me supposes, mais j'eus la folle idée d'incendier et de faire sauter un fort où je savais que les Français avaient mis une forte provision de poudre. »
En supprimant une dizaine de lignes qui, en apparence, ne servent en rien à l'action du roman, M. Loëve-Weymar a supprimé le caractère patriotique d'Hoffmann, sa profonde nationalité, la haine qu'il portait à nos armées. Et n'est-il pas bon de montrer au public quel patriotisme violent s'empare tout à coup de ces pauvres poètes, écrivains et artistes que les philosophes de tous temps ont essayé de rabaisser en en faisant des gens énervés par l'art, sans foi, sans moralité, corrupteurs du peuple? L'art s'empare de ces martyrs, qui ne vivent pas de la vie bourgeoise; mais au grand jour, au jour où la patrie est menacée. Fart s'envole et laisse percer, purs de toute souillure, les grands sentiments
nationaux^ que la philosophie a étouffés depuis longtemps chez les prétendus gardeurs de moralité.
Hoffmann^ dans un pauvre grenier sans feu^ dessine des caricatures contre les Français; mais il est capable de mettre le feu à une poudrière pour faire sauter les ennemis, si on a besoin de lui. A la même époque vivait en Espagne un grand génie, qui a plus d'un rapport dans le talent avec Hoffmann : je veux parler de Goya, Fauteur fantastique des Caprices, Une chose bizarre : Hoffmann, qui s'inquiétait beaucoup des productions de Fétranger, qui ne rêvait qu'à Gozzi Fitalien, qu'à Lewis l'Anglais, n'entendit jamais parler de Goya et de ses étranges Caprices , qui ont une place toute marquée dans les bibliothèques à côté des Contes fantastiques. Goya se conduisit comme Hoffmann à l'égard des étrangers. Pendant Finvasion des Français en Espagne, il jugea même digne de faire passer ses colères nationales sur la toile. Et le roi Louis -Philippe, lorsqu'il fit exposer en France le musée espagnol, ne crut pas devoir montrer au public la furie de pinceau qui animait le cœur de Goya lorsqu'il peignit le grand aigle, l'œil roage, les serres crochues, descendant en abattant ses ailes immenses vers une foule d'Espagnols qui fuyaient épouvantés.
Pourquoi Hoffmann n'a-t-il pas connu les œuvres de Goya, au lieu des dessins froids de Callot, qui ont tant agi sur le conteur? Car il s'est trompé en intitulant Fantaisies une série de contes à la manière de Callot, Jamais le graveur lorrain n'a été à la hauteur du romancier, qui voyait des idées sérieuses sous un burin glacial.
« L'ironie qui met en conflit Fhomme et la brute pour