‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 9 sur 179 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï

tourner en dérision les habitudes et les façons mesquines de rhomme^ est le symptôme d'un esprit profond; et c'est ainsi que ces figures grotesques de Gallot^ à moitié humaines, à moitié bestiales, dévoilent à Tobservateur judicieux et pénétrant toute la secrète morale qui se cache sous le masque de la scurrilité. »

M. Loëve-Weymar a supprimé une étude qui sert de préface aux Fantaisies à la manière de Callot, Pourtant ces sortes de critiques, qui montrent un grand génie préoccupé d'un art inférieur et admirant à tort des réputations consacrées, leur donnent une vie nouvelle

M. Loëve-Weymar, du reste, ne se souciait pas beaucoup de montrer un Hoffmann esthétique ; il aimait mieux rhabiller en honnête allemand , contant bien et ne traînant pas avec lui un bagage d'idées critiques , de questions de peinture, etc. Le public n'aime pas tant les réflexions, dit-on. Avec un pareil raisonnement, on coupe, on élague, on rogne les observations ; l'action ne marche pas assez vite, on tranche dans le dialogue, sous le prétexte qu'il est inintelligible : et c'est ainsi que l'introduction du conte de Marino Falieri est entièrement supprimée. J'avoue que le conte de Marino Falieri n'est pas un des meilleurs d'Hoffmann; mais il n'a rien de choquant pour les esprits simples, ceux qui trouvent que

* Hoffmann n'est-il pas coupable d'avoir redoré la couronne de plâtre de Salvator Rosa, un assez mauvais peintre mélodramatique, dont le grand talent consiste à avoir beaucoup vécu avec des bandits? Il en est de même de Gallot et de son enfance avec les Bobémiens. L'avenir est tout entier dans ces traditions, qui plaisent beaucoup aux biograpbes; c'est là le moment de se montrer et de faire de l'effet. Ils ne sauraient comment s'en tirer avec un pauvre diable de peintre qui a vécu toute sa vie en face de la nature , et qui n'a rencontré ni brigands ni Bohémiens,

JF'-' de Scudéry est le chef-d'œuvre du conteur allemand. Si le conte de Marino Falieri n'est pas un chef-d'œuvre, en revanche^ l'introduction^ biffée par M. Loëve-Weymar, ne manque pas d'intérêt. Cette Nouvelle fut inspirée par un tableau du peintre Kolbe^ membre de TAcadémie des Beaux-Arts de Berlin.

« Devant ce tableau, dit Hoffmann, il s'éleva un jour une discussion frivole pour savoir si le peintre avait voulu représenter des personnages historiques, ou bien s'il avait songé à ne faire de Fart que pour l'art, c'est-à-dire à figurer, comme l'indiqueraient suffisamment les vers du livret, la situation d'un homme âgé et presque éteint, qui, malgré toutes les satisfactions et les splendeurs imaginables, ne peut apaiser l'inquiétude et les désirs d'un cœur avide. — ■ Je ne sais pas, dit l'un de ces rares amateurs de la peinture, comment l'on peut ainsi corrompre sa propre jouissance avec ces éternels commentaires. Sans m'embarrasser de deviner le trait positif de la vie de ce doge que reproduit l'artiste, cet éclat de richesse et de puissance qui domine l'ensemble me saisit d'une émotion vague et indéfinissable. Un étranger d'un aspect noble et imposant s'était approché des amateurs, un manteau gris pittoresquement drapé sur l'épaule, et contemplant le tableau avec des yeux étincelants, il dit d'un ton presque solennel : — * C'est un mystérieux phénomène, en effet. Tel artiste rêve un tableau dont les figures, d'abord insaisissables comme des vapeurs flottant dans l'espace, semblent n'adopter une forme , un caractère qu'au gré de son esprit, et n'avoir de patrie que dans son imagination. Et puis il arrive que ce tableau réalisé, se liant soudain au

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