CHAPITRE XII
qu'on avait enfermé et qu on surveillait sans relâche.
c( Creuser si bas ce mystère si profond î Ne prends pas à mal les incorrections qui peuvent se trouver de côté et d'autre; aujourd'hui je ne puis pas corriger. Et vous^ monsieur l'inspecteur, ou plutôt Vinquisitor privatus, vous reconnaîtrez qu'il n'y a rien là-dedans contre la religion , contre l'État, ni contre la tranquillité publique ou privée, si vous vous donnez la peine de lire toute la lettre ; vuos reconnaîtrez même de plus que le soir du jour où l'on a trouvé sa mère morte, le matin on ne peut pas songer à s'en laire accroire. »
Glogau, le 18 juillet 1796.
a Ta chère lettre du 26 juin, que j'ai jeçue quelques jours après mon arrivée à Glogau, des mains de mon oncle, m'attache de nouveau plus solidement à toi et à ces relations sans lesquelles mon cœur serait vide, et avec lui l'harmonie de ma tête tout en désaccord. J'ai quitté ma ville paternelle dans une sorte d'étourdissement. Mes adieux à elle m'avaient attendri comme du beurre, à tel point que j'aurais pu me mépriser et pleurer sur moimême. Ensuite je fus d'une gaieté extrême, et j'enfilai trois fois de suite ma culotte à rebours, puis je mangeai beaucoup et bus encore plus. Je la vis encore une fois à Iji fenêtre. Peut-être mon compliment universel au voisinage des quatre coins de la rue et le salut spécial que je lui jetai comme dernier adieu a-t-il été ma dernière représentation à Kœnigsberg. Je pense que c'est la dernière fois que je me montre à eux ; et, avec mes cheveux coupés en
rond, avec mon habit de voyage, je ne devais pas faire mauvaise figure. De mon voyage, rien, mon cher ami, sinon que j'ai voyagé avec un de tes pays qui, à Marienwerder, pendant les deux heures qu'on met à emballer et changer les chevaux, me conduisit partout et me montra plusieurs dames, entre autres... Ce cicérone et ami de voyage était du reste un fabricant de boutons; il avait une fort jolie femme, une de ces jolies figures de Lavater, dont on est obligé de devenir Fami tout de suite, sitôt qu'on a tenu une seule fois en main un crayon en qualité d'artiste. La petite famille du fabricant de boutons se rassembla autour du papa ; il n'avait fait qu'un tour à Kœnigsberg, mais il était resté dehors pendant huit jours. Un temps bien long pour leur amour ! L'un se pendait à son coiy l'autre embrassait ses genoux. Mais ce fut quand il déballa des pantoufles bariolées pour les filles et aussi des gâteaux, qu'il eût fallu voir la joie universelle. Le petit marmot s'éveilla alors dans son berceau et se mit à bégayer en étendant les bras vers sa mère, qui souriait en étendant les plis de l'habit de gala, qu'elle venait de sortir du portemanteau, pour brosser la poussière et le duvet restés dessus depuis le voyage de Kœnigsberg. Un vieil ouvrier, à la^figure des plus frappantes, qui faisait des boutons à une table , complétait la scène par ses compliments de bienvenue, après avoir jeté doucement son bonnet de feutre derrière lui^et exhibé sa frisure bien en ordre avec un toupet en cœur. Alors arriva le café dans une énorme cafetière. La femme abandonna vite Thabit de gala pour atteindre une tasse de porcelaine et la nettoyer. Cette tasse était pour moi, celle de faïence pour le