‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 82 sur 179 · CHAPITRE Xiî. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xiî. U

mari. Le vieil ouvrier regardait avec une certaine convoitise le café couler de la cafetière; et sa figure ne s'épanouit pas médiocrement quand le mari , en se retournant brusquement y lui offrit sa tasse et mit fin à ses refus de politesse par un appel à une nouvelle tasse pour lui. Les enfants se rassemblaient autour de la table ^ leurs gâteaux à la main. 11 ne leur avait pas été permis de demander du caféj et cependant ils ne mordaient pas à leurs gâteaux. Je les régalais de ma propre tasse^ dans laquelle je rom^ pais les gâteaux que je leur faisais repêcher avec la cui^ 1er à thé. La mère ne voulut pas le permettre ^ et leur versa alors afin de m'épargner toute privation^ du café dans une petite tasse pour faire la trempette. Alors ce fut une jubilation générale; chacun prit du café^ même le chat y qui depuis longtemps déjà s'était approché de la famille en ronronnant et en faisant le gros dos; manières qui lui valurent de l'excellente crème. J'étais devenu si intime avec les enfants^ qu'ils ne voulaient plus me laisser partir lorsqu'on m'appela pour monter en voiture. Je les embrassai tous ; et^ sur les lèvres doucement arrondies de la femme ^ j'eusse aussi imprimé un baiser d'Yorick comme un certificat de la dédicace de mon âme, Cependant cela aurait fait sensation^ et le chef de police^ qui l'eût certainement appris y aurait pu enregistrer le baiser et m'eut discrédité peut-être devant tout le monde. Tu vois^ j'ai sentimentalisé à Marienwerder^ et c'est le profil de la femme du fabricant de boutons qui en est cause. Ne m'en veux pas de ce que cette histoire prend deux pages de ma lettre* »

Glogau, le 21 janvier 1797.

c( Unique cher ami^

c( Je voudrais bien savoir ce que tu penses de moi î La Sainte-Hermandad de ma conscience m'accuse^, et ce n'est qu'à Taide de faibles motifs que je cherche à échapper à une douloureuse condamnation.. Ta lettre (la dernière), qui est tombée aujourd'hui de mon portefeuille sous ma main, quand je l'ouvris pour regarder un portrait, m'a poussé à l'accomplissement d'un devoir qui m'a été en même temps comme un bienfaisant rayon de soleil du temps passé. Depuis quelque temps, à la vérité, je n'aurais pu écrire, car je me suis foulé le bras en tombant sur la glace ; mais ta dernière lettre demande une prompte réponse... Je suis tellement gelé par cette soirée de janvier, mon cher enfant, que je peux même te dire avec beaucoup de raison que, dans le renoncement à toute chose, dans le far-niente physique et moral complet, on trouve un calme inébranlablement vrai, qu'on ne devrait jamais, jamais aimer, ni trouver aucun goût à la grâce et à la beauté; mais qu'on devrait ruminer sur place jusqu'à ce qu'on aille se coucher avec le Falsta/fde Shakespeare. A cela je n'ai qu'une chose à ajouter, c'est que c'est horrible ! Je parle d'un passage de la Diététique du flegmatique bonhomme qui végète dans certain fauteuil, à Kœnigsberg, et le diable m'emporte si je pourrais raisonner ainsi plus longtemps que les trois quarts d'une seconde. Je viens de moucher ma chandelle, de planter un bonnet de nuit sur ma tête et de frapper deux fois du pied sur le plancher.

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