CHAPITRE XIL
peintre. Tu me connais^ tu sais mon enthousiasme pour les arts; quoi d'étonnant qu'aussitôt j'aie cherché à faire connaissance avec lui. Gela m'arriva bientôt^ et presque chaque jour je passai deux heures en sa compagnie. Il est resté la plus grande partie de sa vie en Italie^ et il a étudié son art à Rome de préférence. Plus tard je f en dirai davantage verbalement sur son compte ; qu'il te suffise de savoir qu'il m'a fait beaucoup avancer dans l'art. L'esprit de feu des Italiens anime ses œuvres; quelques étincelles de ce feu éveillaient mon génie endormi. Je pourrai le prouver par deux têtes déjeunes filles de moi que j'ai en portefeuille.
c( Tout irait bien si je ne me passionnais pas ainsi pour tout. Ma véhémence Je pourrais dire ma rage pour tout ce qui s'olfre à mes idées sous cette forme de la passion^ détruit ce qu'il y a de bon en moi. La jovialité s'en va au diable^ mes rêves de bonheur^ tout est détruit. C'est là le point sur lequel je me trouvais dans le même état que Molinari. Tous deux enfants du malheur^ tous deux flétris par le destin et par eux-mêmes.
« 0 mon Théodore ! si je pouvais te décrire ce que tu m'es comme je le sens, comme je tiens à toi de toute mon âme;, et comme je ne continue à être bon que pour être digne de ton amitié
« Voilà qu'on me rapporte les dessins de Preisler que j'avais prêtés à Molinari. 11 en tombe un billet. Nous nous révélerons! Il pense probablement à Warmbrûnn, où il ira l'été prochain, ainsi que moi, puis il partira pour l'Italie ; mais moi, malheureusement, non.
« Il vient d'arriver un homme des plus étranges^ l'associé d'une maison dans laquelle il y a une jeune fille à laquelle^ à ce qu'on assure, je fais la cour. Il est vrai que j'ai bien fait quelque extravagance en l'honneur de cette Michaéline Je suis allé quelquefois à la messe aux Capucins; à la Redoute je n'ai dansé qu'avec elle; tout cela est vrai, aussi vrai qu'elle est extraordinairement jolie, et que j'ai son portrait dans mon portefeuille. Cet homme est étrangement poli; il rôde sans cesse autour dé moi. Il fait sur sa viole quelques sourds accords. Que peut-il me vouloir? Si c'est pour m'inviter chez C. R., je ne puis y aller, ne pouvant m'habiller à cause de mon bras. »
Glogau, 28 avril 1797.
« Je m'applique toujours à la peinture dans laquelle , après une année de pratique, j'acquerrai une certaine perfection; alors je m'envolerai avec ce talent à travers le monde, puisque je reviendrai • dans l'asile dô ton amitié. Que penses- tu de ces châteaux en Espagne? »
Glogau, le 29 août.
(( Il y a encore des heures dans lesquelles je puis encore me noyer dans un heureux oubli de mes ennuyeuses relations, et je pourrai en espérer une tranquillité complète si mes œuvres portaient leur récompense et si j'arrivais à leur attribuer un certain degré de perfection. Il faudra que je renonce à la musique, bien qu'elle soit pourtant tout ce
* Oui devint sa femme plus tard.