‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 94 sur 179 · CHAPITRE XÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÏI

par écrite me demanda de Targent et ajouta, disait-il^ pour sa légitimation^ un portrait de moi peint sur un jeton avec des cheveux verts^ quelque peu ressemblant à Fempereur Adrien , que je me rappelle avoir fait moimême il y a longtemps. Lui fournir des secours considérables^ ma position ne me le permettait nullement; cependant^ je mis dans du papier quelques tbalers et je lui écrivis que j'étais prêt à lui trouver un gite quelque part, à la condition qu'il me témoignât de sa bonne conduite jusqu'alors, par des certificats dignes de foi. Dès lors, il n'a plus été question de lui. Il ^'di'Ç'^ûdii Ferdinand Hoffmann, et tu seras peut-être à même de mieux savoir ce qu'il en ^ est au fond.

c( Cela est vrai, cher frère ; voilà des années que le destin nous a jetés bien loin l'un de l'autre, et il semble aussi que mes manières de voir te sont devenues tout à fait étrangères , sans quoi tu ne me parlerais pas du manteau de l'orgueil dont je dois m'envelopper, et qui, je puis te l'assurer, avec mon caractère, serait pour moi un vêtement tout à fait incommode et inaccoutumé dans lequel je ne pourrais remuer ni bras ni jambes. De plus tu te tromperais, cher frère, si tu croyais que l'héritage de celui qui m'a élevé m'a mis dans une position plus favorable que celle que me constitue ma place. Peut-être eût-ce été le cas, si la malheureuse guerre ne m'avait pas fait perdre cette place en 1806. Je ne sais s'il est à ta connaissance que, depuis 1807, j'ai été obligé de vivre à Bamberg de l'emploi de chef d'orchestre au théâtre, que j'ai eu la même place à Dresde, que là encore j'ai dû traverser toutes les misères de la guerre, et qu'en 1815 seulement j'ai pu

rentrer au tribunal , grâce à l'ancienneté que me donnait mon brevet de conseiller^ daté du 2 février 1802^ ce qui n'est donc point du tout une indemnité. La fortune insignifiante, et malgré cela morcelée encore en différents legs , du brave conseiller que nous connaissions si bien, a justement servi à me faire vivre ici pendant dix-huit mois que j'ai dû y rester sans gages et à m'y emménager. Maintenant je vis péniblement à Berlin , où tout est si cher, de mon traitement et du peu que je gagne avec ma plume. Peut-être la réputation de Fauteur des Morceaux de fantaisie dans la manière de Calloty de VÈlixir du Diable , des Morceaux nocturnes , etc., est-elle arrivée jusqu'à B... ou même jusqu'à G... Il est même possible que l'on sache quelque chose à B... du compositeur de l'opéra à!Ondine, qui a été donnée bien des fois depuis un an . sur le théâtre d'ici , avec un luxe extraordinaire ( les décorations et les costumes ont coûté près de 12,000 rthal). Cet auteur et ses compositions , c'est moi-mêine; tu vois, mon cher frère, que malgré la sombre et ennuyeuse y^^ristericy je n'ai pas laissé que de cultiver ardemment mes dispositions artistiques. L'écrivasserie, tu le sais, est chez nous un péché de famille du côté paternel; mais dans la musique, nos ancêtres, autant que je me le rappelle, ne se sont pas fort distingués. Si j'ai bonne mémoire, papa jouait de la viola di gamba , qui un jour me fît pleurer à n'en pas finir à Fâge de trois ou quatre ans , et il n'y eut pas moyen de me calmer, nisi au moyen d'un pain d'épices. Papa n'avait pas de mesure , et une méchante calomnie soutenait qu'il avait même un jour dansé un menuet d'après une polonaise que le malin conseiller

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