‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 96 sur 179 · CHAPITRE XJII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XJII

sauce au poulet en éclaboussant fortement le docteur Speyer, pendant que celui-ci^ penché sur la table, cherchait à apercevoir, avec ses lunettes, certains points de vue que la danse vive de la jeune fille exhibait de temps en temps; elle cherche à se sauver en escaladant le docteur, elle saute près de Kunz, le heurte, — le renverse, — lui,

— la fille, — Speyer, — et la saucisse; — tout est étendu sur le carreau.

— Halte! halte! voulez-vous donc rouler dans Téternité avec le cou et les jambes cassés et sottement barbouillés de sauce et d'eau-de-vie? s'écria une voix de dessus le poêle. C'est Hoffmann qui, au milieu du tumulte, s'est retiré dans un étui à chapeau et qui, de là, harangue gaiement les' tapageurs. Avec l'aide du docteur Durow tout le monde est remis sur pieds.

— Si au moins nous avions la malheureuse queue de cochon, tout serait sauvé, disait le docteur; en attendant, je prescris à la jeune fille un lavement aromatique qui me produit toujours un excellent effet toutes les fois que je tombe dans une trop grande extase pendant une tragédie de Schiller. — Eh! voici que j'ai encore la seringue de M. Scheuringer dans le tiroir, dit Striegel. Il va au tiroir et en sort un étui qu'il s'efforce en vain d'ouvrir. Seubert,

— Sutow, — Kunz, — trois chanoines, — divers administrateurs, accourent; — on tire; la machine s'allonge toujours, toujours, — toujours, — ce n'est pas un étui,

— c'est un tube de l'appareil de Rudinger avec des articulations à n'en plus finir; — l'instrument insensé s'étend toujours, toujours, jusqu'à ce qu'il y en ait aussi haut qu'un clocher; — tout à coup, l'administrateur Will est

frappé par le balancier de l'horloge en bois de Striegel ; — 11 tombe;, — toute la bande chancelle, — le tube se replie brusquement dans sa forme première, et, du haut du poêle, Hoffmann sème sur eux, en guise de fleurs, de petits bouts de papier qu'il a trouvés dans son étui à chapeau.

De même que la jeune fille avait perdu sa queue de cochon, VAme du monde ^ûe Schelling, que le professeur Klein avait lue en se promenant jusqu'à Bug, était sortie de sa poche; tous deux se précipitaient sous la table, quand Épaminondas entra, flaira VAme du monde ^ s'empara à belles dents de la queue de cochon et s'enfuit.

Vous connaissez bien, Messieurs, ce bon caniche allemand à nom grec? — La jeune fille s'éveille comme d'un •rêve; — la somnambule, délivrée de l'influence magnétique de la queue de cochon, redevint une cuisinière ordinaire et, pendant qtf elle flairait la saucisse grillée de Seubert, ayant dit que cette saucisse n'était pas une nourriture ragoûtante, Striegel mit la jeune fille à la porte.

« L'administrateur Beck s'empara des mouchettes et dit d'un air pensif et sérieux : — Que l'homme est donc peu de chose! » et il moucha la chandelle en l'éteignant, ce qui donna à ce conte si tragique et si vrai une agréable terminaison*

VElixir du diable est le roman d'Hoffmann qui a eu le plus de mauvaise chance en France; il parut en 1829 sous la signature de Spindler^ traduît par M, Jean Cohen. Effectivement, tel que l'a donné M. Gohen^ ce roman pourrait être de Spindler, un romancier médiocre qui n'a pas laissé de traces. Il y avait dans le livre un seul morceau remarquable et digne des meilleures productions d'Hoifmann : le traducteur Ta supprimé net^ sans en dire \m mot^ avec la pensée sans

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