‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 99 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ces bulls. Ainsi je racontai ce mot d'un Irlandais à qui on demanda pourquoi il avait mis son bas à Fenvers. « C'est que^ répondit-il naïvement^ il y a un trou à Tendroit. » Il me vint encore à Fidée cet autre bull d'un Irlandais qui^ étant obligé de coucher dans le même lit avec un Écossais excessivement emporté^ sortit son pied nu de dessous la couverture. Un Anglais^ qui se trouvait dans la même chambre^ s'en aperçut : il détacha les éperons de ses bottes et en boucla un au pied de l'Irlandais ; celui-ci en dormant ne tarda pas à remettre son pied sous la couverture^ et il rencontra malheureusement les jambes de l'Écossais qu'il égratigna terriblement et qu'il réveilla en sursaut. Dans sa fureur^ FÉcossais donna un violent souflBiet à Flrlandais^ ce qui amena le dialogue sentimental suivant : c< Que diable t'emporte^ pourquoi me bats-tu? — Parce que tu m'as égratigné avec un éperon. — Mais ce n'est pas possible^ puisque je me suis couché à côté de toi les pieds nus. — Pas possible^ regarde seulement. — Ah! sacré tonnerre^ tu as raison, cet animal de domestique m'a bien tiré mes bottes hier, mais dans sa stupidité il m'a laissé les éperons. » Cette bourde fit éclater de rire le maître d'hôtel ; même Fétranger qui venait de terminer son repas et qui venait de faire disparaître dans son intérieur un immense verre de bière, me regarda avec un grand sérieux et me dit : «Vous avez raison, les Irlandais conmettent souvent de pareils bulls, mais cela ne tient pas à certaines particularités de ce peuple qui est plein d'activité et d'imagination, cela tient à une atmosphère diabolique particulière qui vous prend la cervelle comme un rhume vous prend le nez. Ainsi, moi qui suis Anglais de naissance, mais

qui ai été élevé en Irlande, je suis sujet à cette maladie des bulls, » Le maître d'hôtel se mit à rire de plus belle et je fis chorus avec lui, car il était vraiment trèsdrôle de voir ce petit homme parlant de bulls, en commettre un lui-même pour ainsi dire sans s'en douter. L'étranger, loin d'être offensé par nos éclats de rire, fit des yeux tout ronds, posa le doigt sur le bout de son nez et dit : « En Angleterre , les Anglais sont comme les épices que Ton mêle à certaines sauces pour en relever le goût. Quant à moi, j'ai cette ressemblance avec Falstafî", que je ne suis pas seulement spirituel par moimême, mais je sais réveiller l'esprit chez les autres; ce n'est pas un mince service dans ces temps de disette. Croiriez-vous que c'est dans cette âme de brasseur, semblable à une outre de cuir vide , qu'il suflise de ma présence pour faire jaillir quelques étincelles? mais celuici est un bon chef d'hôtellerie, il a soin de ne pas dépenser son petit capital de saillies; cependant, de temps en temps il en prête une câ et là', lorsqu'il est en compagnie avec des riches ; mais quand il n'est pas sûr de pouvoir en retirer intérêt, comme cela arrive maintenant, alors il ne montre tout au plus que la couverture de son livre représentée par son rire immodéré. C'est dans ce rire que tout son esprit est renfermé. Sur ce. Messieurs, que Dieu vous garde ! » En disant ces mots l'original prit la porte, et je me tournai vers mon hôte pour demander quelques renseignements sur son compte. « Cet homme, me dit-il, qui est un Irlandais, s'appelle Ewson; il veut passer pour Anglais, parce que son arbre généalogique prend racine en Angleterre; bien qu'il y ait vingt-deux ans qu'il soit

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