DE L’ÉCOLIER
PODRQUOI ET COMMENT JE M’eNFOIS DE LA PF.NSION
Si le régime que l’on observait chez notre vénérable maître de pension, le docteur Glumper, n'était pas précisément celui de Sparte, c’était tout simplement parce que les estomacs lacédémoniens, parfaitement disciplinés, comme nous le savons, se seraient révoltés du mode d’alimentation auquel nous étions condamnés. Les vainqueurs de Salamine exgeaieut une nourriture plus réconfortante que le maigre bouillon extrait d’un os de bœuf, et ce ne fut point en nourrissant ses troupes avec de
la bouillie 'au riz que Xerxès fut honoré par ses sujets à l’égal d’uti dieu.
Sous ce rapport, l’établissement du docteur Gluraper ne laissait pas beaucoup plus à désirer que des centaines d’autres pensions où, de mon temps, des fils de bonne famille faisaient leur cours d’études tout en mourant de faim. Nous aurions eu cependant assez pour vivre, si nous avions pu raisonnablement nous décider à manger ce qu’on nous donnait. Mais là était la dilficullé. Nos repas, déjà assez mauvais au commencement de la semaine, devenaient de plus en plus détestables à mesure que la semaine lirait vers sa fin; de sorte (jue, lorsqu’anivail le dimanche, nous ressemblions à une bande de jeunes voyageurs égarés en mer, que l'arrivée opportune d’un navire chargé de rosbif et de pouding serait venue sauver d’une mort imminente.
11 est vrai que nous avions un bateau de sauvetage, et son nom était le Panier d’Iiannah.
Hannah était la blanchisseuse de la maison. Le samedi, dans l’après-midi, après avoir rendu son
linge, elle venait régulièrement au jardin, étalant le fond de son panier, tout couvert de friandises qui ne laissaient rien à désirer ni pour leur douceur, ni pour la modicité de prix.
On ne se préoccupait pas alors de l’élégance et des raflinemenls du service de table. L’élève qui aurait apporté une fourchette d’argent eût été simplement considéré comme un plaisant original. Quant à lacuillèreet aux six serviettes qui, d’après le prospectus de Glumper-Ilouse, semblaient essentiellement faire partie d'une solide éducation classique, la première trouvait place dans une espèce d’arsenal où Mrs. Glumper entassait tout s les dépouilles des jeunes Philistins, ses élèves, tels que jouets prohinés, livres confisqués, etc., tandis que les serviettes, mises en commun, passai( nt au service de la république jusqu'à ce que les derniers fils en fussent usés. Dans le fait, nous n’avions rien à dire contre les fourchettes de fer; la viande aurait pu parfois opposer trop de résistance à un métal moins solide.
JSotre dîner du lundi se composait d’un gigot de
toi LA FORTUNE D£ L'ÉCOLIER
mouton bouilli, dont une portion seulement pour chacun. Une seconde ne nous était pas refusée, mais l’impatience mal dissimulée avec laquelle notre demande était accueillie nous avait habitués à nous contenter de la première. Le lendemain, nous recevions la juste rétribution de notre pusillanimité sous la forme de gigots froids, à moitié déchiquetés, sillonnés d’horribles entailles sanguinolentes et accompagnés d’énormes masses de choux mal épluchés, fort intéressants du resta comme étude entomologique, en raison des nombreuses chenilles dont les cadavres d’un vert pâle formaient des rangées régulières autour de nos assiettes.
Trois fois par semaine nous avions de la bouillie au riz, mets que, par une fatale réunion de circonstances, je n’ai jamais pu souffrir depuis ma plus tendre enfance. Mais le grand supplice de notre existence et de nos estomacs était réservé pour le samedi, alors que nous prenions place devant ce qu’on appelait, par dérision, je suppose, un pâté de beefsteak.
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n aurait eu l'esprit bien mal fait le bœuf qui eiU revendiqué la moindre part d’une semblable production. Je ne pense pas qu’il entrât dans la composition de ce plat plus de viande de bœuf qu’il n’entre de chair de licorne dans la purée de pois. Les rumeurs étranges qui circulaient touchant sa véritable origine prouvaient assez combien l’enquête était difQcile et mystérieuse. Les traditions de l’école mentionnaient les éléments les plus grotesques, les plus hétérogènes, trouvés, affirmait-on, dans le pâté. Des substances qui, pour l’apparence et le goût, n’avaient aucun rapport avec celles de la race bovine, avaient été mises de côté par les élèves consternés, qui avaient fait preuve de leur lâche courage en préférant la famine elle-même au pâté de beefsteak.
L’impossibilité complète oû l’on se trouvait de constater l’identité des ingrédients et de s’assurer s’ils avaient bien appartenu à quelque animal reconnu par les cuisiniers anglais, était le côté le plus terrible de l’affaire.
Quel que fût le principal élément du pâté, nous
y troiivioDB encore d'autres ingrédiente supplémeo^ires sur la nature desquels il était impossible de disputer, bien qu’il n’eiisoit fait mention dans aucune recette culinaire.
Sbollo Shiilito, par exemple, qui avait l’appétit d'un ogre, avala un jour bardipient la portion ^ui lui était assignée, tout en mettant gravement de côté trois doigts et le reste du pouced'un vieux gant-
Billy Duntze découvrit quelque , chose que, pendant plusieurs senaestres, on couserva ,à l’école comme une curiosité et qui ressemblait beaucoupà unecuisse depbénicoptére. Du moins, c’est étiqueté sous oe nom qu’il était présenté k tout uouvel arrivé, le premier soir de son séjour parmi nous.
George Van Kernpen trouva une paire de mouchettt s. Charley Brooksbauk remarqua un jour une singulière protubérance dans sa portion de pâté, et, l’extrayant soigneusement, comme si c’eût été quelque antiquité phénicieune, il mit en .évidence quelque chose qui ressemblaitâ une tète de poupée atteinte d’hydropisie.
Beudant .les premières semaines dé chaque se-
mestre, c’est-à-dire tant que durait notre argent de poche, nous pouvions encore, grâce au panier d’Hannah, nous tirer d’affaire; mais, nos ressources épuisées, la famine était à notre porte.
La génération actuelle se demandera peut-être pourquoi nous ne tentions pas une remontrance respeclueu8<î. Mais les temps, comme je l'ai déjà dit, étaient alors bien différents; d’ailleurs la génération actuelle n'a pas connu personnellement Mrs, Glumper. Non que ce fût une mégère, ni qu’elle se comportât autrement qu’on a coutume de le faire dans le monde civilisé; je veux dire seulement que c’était une femme froide et hautaine, ayant la conscience de sa force, comme un éléphant qui se plairait à gratter doucement le sol avec un pied formidable, et qui vous montrerait tout à coup avec quelle facilité il peut, si cela lui convient, vous écraser sous ce môme pied.
Indépendamment de cette humeur hautaine, Mrs. Glumper avait mille. moyens de vous tourmenter sans recourir pour cela à nue tyrannie ouverte, de sorte qu’être en disgrtme auprès de
cette excellente dame était pour nous le comble du malheur.
Je n’ai pas un mot à dire contre le docteur. Déjà, à celte époque, je comprenais que c'était un homme foncièrement bon, et aujourd’hui encore, en me rappelant son caractère, je suis persuadé que c'était un des meilleurs qui aient jamais existé. Â la philosophie d’un sage il joignait la simplicité d’un enfant. Cette extrême simplicité expliquait en quelque sorte son mariage avec Mrs. Gluraper. La rumeur publique avait même trouvé un motif à cet acte innocent. Mrs. Glumper, alors miss Kittiewinkle, était directrice d’une école élémentaire, et ce n’avait été que par pure compassion pour les malheureuses victimes soumises à son joug autocratique que le bon docteur s’était décidé à prendre la directrice sous le sien. C’est ainsi que l’école enfantine s’était transformée en un florissant établissement de soixante-dix élèves, dont les plus jeunes seulement étaient sous la direction de Mrs. Glumper.
Les afiaires étaient dans ce fâcheux état vers la
LA FORTUNE DE L’ECÜUER 809 moitié d’un certain semestre. C'était justement l’époque où la pénurie se faisait le plus vivement sentir. Jamais, de mémoire d’écolier, l’argent n'avait été plus rare. 11 va sans dire que le panier d’Hannah était sous le séquestre. Si les chemises eussent pu être échangées contre des vivres, Hannah aurait pu faire un commerce très-lucratif en ce genre; mais la vieille blanchisseuse était trop avisée pour se livrer à un pareil trafic.
Nous tînmes conseil.
La vache du docteur, qui paissait quelquefois dans la prairie où nous prenions nos ébats, s’y trouvait par hasard ce Jour-là. Son air satisfait et’ son aspect florissant excitèrent une indignation générale.
— Chipons-lui ses tourteaux de lin, cria une voix glapissante sortie des derniers rangs de l’assemblée sénatoriale.
— 11 est heureux pour l’honorable félon qui siège sur les derniers bancs, que son chef ne soit pas à la portée de mon bras, dit notre président, Jack Rogers, qui se plaisait toujours à donner à
SIO LA FORTUNE UE L’ËCOLIEB
nos conseils les formes d’une grave détibération. Si les tourteaux de liu prodigues à cet animal ne devaient servir qu’à l’usage particuHer de Mrs. Glumper, nonobstant qu’elle soit en puissance de marij je... je ne dis pas; l’aœseroblée délibéirante aurait pu prendre en considération le conseil (le l’estimable voleur, mais ils appartiennent au' docteur, et la proposition de l’hoDorable fripon sera reçue avec 1« mépris qu’elle mérite.
Un murmure approbateur accueillit ce discours, après quoi chacun fut libre de donner son avis.
Auguste Ualfacre fit observer que les plumes brûlées sont mangeables. Il aurait pu ajouter : agréables au goût.
— Ma botte gauche est au service de la cotnmu* nauté, dit Franck Lightfoot. La droite ayant été récemment raccommodée ét étant pourvue d'tm gros clou dans la semeile, dont j'iBvitè, par parenthèse, l'honorable société à prendre garde, je la réserve pour la dernière extrémité.
— C’est pour le coup que les extrêmes se toucheront, ilt observer le président. Mais ce n'est
LA FORTUNE DE L’ÉCOLIER «1 pas )e moment de plaisanter. Ësl-ce que personne n’a rien à proposer?
— Nous avons toujours Murrell Robinson , dit Sholto Shillilod’un air si farouche et si affamé, que le petit bonhomme en question, Joufflu et frais enfant de huit ans, qui n’avait pas encore eu le temps de maigrir, poussa un cri de terreur.
— - Hum!... oui... cela serait peut-être d’une bonne politique, dit le président d’un air pensif. Si Jézahel Glumper perdait un ou deux élèves dans les circonstances toutes particulières auxquelles l’honorable sénateur au pantalon taché d’encre vient de faire allusion, elle aurait peut-être des entrailles pour les autres. M.iis l’observation de mon honorable ami m’a suggéré un autre moyen, qui, bien qu’analogue sous quelques rapports et promettant le même résultat, ne rencontrerait pas les mêmes difficultés. H faut qu’un de nous décampe et qu'il ait soin de publier les motifs qui l’y ont déterminé.
La proposition de J-ck, tout inattendue qu'elle était, fut accueillie très-favorablement. Mais quel
serait le fugitif? Quitter l’école à la sourdine n’impliquait nullement le retour à la maison paternelle. Chacun regarda son voisin d'un air inter* rogateur. Personne n’olfrit de se dévouer.
Le président jeta sur nous un regard sévère.
— Il y avait une fois, dit-il, un ancien que vous connaissez tous, — excepté ceux de la dernière classe, — qui, en apprenant qu’il pourrait contribuer à la prospérité publique en se précipitant dans un certain gouffre, n’en demanda pas davantage, sauta dedans, et tout fut dit. N’y a-t-il parmi noos aucun Curlius? Faut-il que soixante-dix estomacs languissent faute d’un seul cœur magnanime? Vous, Sholto Shillito, jeune mendiant affamé, vous lèverez le siège.
Mais Shillito, invoquant énergiquement la bénédiction du ciel sur lui, se récria contre un pareil choix.
— Percival Pobjoy, reprit notre président, vous n’ôtes point un favori de la fortune. Vous n’avez pas le sou, bien plus, pauvre diable 1 votre argent de la semaine est engagé pour un mois. Vous
avez fait voile à l’extrême nord des bonnes grâces de Mrs. Gluraper. Vous détestez le riz; vous avez des scrupules touchant les chenilles. Percival, mou ami, trois grandes dames de qualité, dont le nom et l’emploi sont clairement mentionnés dans votre dictionnaire classique, vous désignent à Tunanimité pour rendre ce service à ia république.
M. Pobjoy regrettait, dit-il, de contrarier les projets de n’importe quelles dames; mais ayant, ajouta-t-il, une grand’môre qui ne le céderait en rien aux trois dames en question, il se voyait obligé de décliner l’honneur qu’on voulait bien lui faire.
— Alors, reprit gaiement le président, comme s'il eût enfin trouvé son homme, je m’adresse directement à l’estimable membre qui siège sur le ' pot à fleurs renversé. Celui qui, en moins de douze minutes, a si bien rossé le gros fils du meunier, sera de nouveau notre champion ; Joies déguerpira.
Mais Joies lit remarquer d’un air passablement
»14 LA FORTUNL OK L’ÉCOLIUR
boftrru qu’il ne voyait pas le rapport qu’ü peut y avoir entre donner une bonne correction à un malotru et s’enfuir de l’école. L’bonerable pré^ dent avait-il jamais découvert chez M. Joies le» moindre indice de folie? Dans ce cas seulement M. se déciderait à a(k)pter la mesure qu'on lui proposait.
D’autres pèresconscrils, mis à l’épreuve, ayantopposé des raisons tout aussi peu encourageantes, il semblait que nous o’eussioas plus qu’un parti à prendre, celui de tirer au sort. Nous nous y décidâmes après qudques pourparlers. On convint donc que celui sur lequel tomberait le sort décaihperait le lendemain, et qu 'après avoir trouvé due retraite sûre, il écrirait à un de ses camarades, ou, ce q.tn valait encore mieux, à sa famille, pour lui déclarer qu’il n’avait pris la fuite que parce qu’il ne pouvait se résigner à mourir dé faim.
Ud délai d’une semaine fut ensuite accordé à celui que désignerait le sort, afln qu'il eût le temps d’essayer de l’effet d’un appel touchant adressé â sa famille, et dans lequel il eiposerait
LA FORTUNE DE L’ÊCOLIER Si»
le traitement qu’on nous faisait subir. Si ce moyen réussissait, tant mieux, sinon, dit notre président, le terme fatal expiré, l’honorable gentleman prendra de la poudre d'escampette.
On tira donc solennellement au sort. Le nom de chaque élève — ceux de la dernière classe exceptés fut écrit sur un morceau de papia:
qu’on jeta ensuite dans un chapeau. Nous aurions tous été très-disposés à exempter Jack Rogers, AOtre président, le Nestor de l’école, qui, âgé d’environ dix-sept ans et sur le point de partir, aurait préféré lutter jusqu’au bout, quelque affamé qu’il fût. Mais le brave garçon se récria contre cette proposition comme si c’eût été une insulte, et jeta lui même son nom parmi les autres. Chacun s’empressa alors de suivre un aussi noble exenvpte. Cela fait, on secoua vivement le chapeau. Le papier qui, d’après les décrets du destin, s’échapperait le premier et tomberait à terre, devait trancher la question. Deux voltigèrent dans l’espace, mais l’un resta sur la manche de l’élève qui tenait
le chapeau. Personne ne paraissait disposé è
«G LA l'ORTÜNE DE L’ÉCOLIER ramasser l’autre. On eût dit que chacun de nous avait attendu ce moment suprême pour se rendre compte des conséquences qui pouvaient résulter de sa fuite de l’école.
Mon cœur, je l’avoue, cessa de battre un instant lorsque Jack Rogers s’avança pour ramasser le papier. Puis je sentis le sang me monter au visage lorsque notre chef lut lentement : Charles Sttuxrt Trelacony.
— Charleyatoujours delà chance, continua Jack en riant, mais dans le but, je suppose, de soutenir mon courage. Écrivez tout de suite, mou garçon, ajouta-t-il d’un ton grave, et croyez-moi, adressez-vous à votre père. Traitez l’affaire comme ’’ une chose sérieuse. Votre mère ne manquera pas de s’en mêler.
J’écrivis immédiatement :
< Mon cher papa,
* J’espère que vous êtes tous bien, mais moi je ne le suis pas. Vous savez que je ne suis pas gourmand, ni assez sot pour m’attendre R avoir en
pension des friandises comme à la maison. Ainsi, ne vous fâchez pas, mais je me vois forcé de vous dire que nous ne pouvons manger ce que Mrs.
Glumper appelle noire dîner, et comme il n’y a rien d’autre que de la lavasse et un morceau de pain sec, nous mourons tous de faim.
» Votre fils respectueux,
B C. s TRELACONY. »
P. s. « Si vous n’aimez pas à parler à Mrs. Glumper, voulez-vous avoir la boulé de demander à maman et à Agnès, en leur faisant mes amitiés, de m’envoyer une grosse miche de pain bien cuit, si c’est possible, et avec beaucoup, de croûte et qui puisse durer toute la semaine.
» Au lieutenant-général Trelacony, C. B., K. II.
» Penrhyn-Court. *
Cette missive me i>arut avoir une tournure suffisamment officielle, U j’en attendis le résultat non sans quelque anxiété. Si seulement papa avait pu savoir ce qui dépendait de sa décision!...
U devaity me répétais-je, ajouter foi à ce que je lui disais; car je ue m’étais jamais écarté de la vérité, et je u’avais fait que me rendre justice en lui rappelant que je u’étais pas un glouton.
Ce fut, je crois, le quatrième jour de cet état d’incertitude, qu’on apporta pendant la récréation une immense bourrjcjie qu’escortait une troupe d’écoliers évidemment curieux d’en connaitre le contenu. Qui pourrait les en blâmer?
Ladite bourriche renfermait dans ses limites, car, Léias! bien qu’énorme, elte avait ses limites, — premièrement ; un pâté de bei.fsteak composé non-seulement de véritable viande de bœuf, mais encore d’œufs durs et autres menus ingrédients, le tout entouré d'une gelée des plus succulentes; secondement : un admirable choix de mince-pies-, en troisième lieu : un colossal turnover aux pommes, ainsi nommé, je suppose, parce qu’un enfant aurait pu le tourner mainte fois sans pouvoir décider lequel des deux côtés était le plus appétissant, celui du sucre ou celui du beurre. Enün, et pour la couciusiou, un gâteau que je u’ose me reprocher
d’avoir trouvé presque effrayant par son volume.
De lettre, pas une, mais l’augure était bon. Des ambassadeurs tels que des pâtés et des turnovers parlent d’eux-mêmes un langage éloquent. On n’avait pas l’intention demous laisser périr de faim, cl nous verrions peut-être ce même jour les effets de mon hardi et légitime appel dans l’amélioration du menu et dans une diminution de chenilles.
Quant à ménager nos nouvelles provisions, une pareille idée ne nous vint point en tête. Mais, hélas! nous ne pouvions les partager entre tous. On tira au sort, et une heureuse bande de dix-huit écoliers, secondés par Jack Rogers et par moi, l’anijihitryon, eut bientôt expédié le contenu de la bourriche.
L’ombre succède aux rayons du soleil. Au dîner, point d’amélioration dans le menu, mais bien un nuage sur le front hautain de Mrs. Glumpor, nuage que Jark, profond observateur de la nature humaine, interpréta favorablement, croyant y lire la répugnance qu’elle éprouvait à se soumettre aux exigences coûteuses qui lui étaient imposées.
Hélas ! cette fois, notre chef se trompait. Ni ce jour, ni le suivant, ni aucun de ceux qui succédèrent, Mrs. Gluroper ne se départit de son abominable système d’alimentation.
Ce ne fut que beaucoup plus tard que j’entrai en possession des lettres officielles échangées à cette occasion. Mon père, très-occupé de sa propre correspondance, avait donné la mienne à ma mère, en la priant d’y répondre. Voici ces lettres :
Lady Caroline Trelacony <i Mrs. Glumper.
« Chère Mrs. Glumper,
» J’espère que le volume de la bourriche que j’expédie à mon üls ne vous alarmera pas. Charley grandit rapidement, si rapidement, que son père, en m’en faisant la remarque, a exprimé la crainte que sa santé ne s’en ressentit. Vous sourirez peutêtre de l’anxiété qui me porte à rappeler à une personne aussi compétente que vous en fait de soins exigés par la jeunesse, qu’une nourriture saine, soignée et suffisante, est plus que jamais nécessaire à mon fils. Ce n’est point un enfant gour-
LA FORTUNE DE L'ÉCOLIER Hi
mand, et les conditions que je vous ai faites répondront, j’en suis sûre, à tout ce que lui et moi pouvons désirer pour son bien. Mes compliments au docteur Glumper. Croyez-moi, chère Mrs. Glumper,
» Votre dévouée,
» CAROLINE M. TRELACONY. »
Mrs. Glumper à lady Caroline Trelacony.
« Chère madame,
» Je ne puis, il me semble, répondre d’une manière plus satisfaisante à votre obligeante lettre, qu’en vous assurant que le docteur Glumper, moi, notre famille et les maîtres (à l’exception de M. Legourmet, qui a insisté pour pourvoir à sa nourriture), nous prenons tous nos repas en commun avec nos élèves, et que, quant aux aliments, il n’y a ni parcimonie ni contrainte.
» Veuillez agréer l’assurance de mon respect.
» JÉZABKL GLUMPER. »
Il y avait en apparence malheureusement assez
Ml LA FORTUNE DE L’ÉCOLIER
de vérité dans celte réponse pour satisfaire la conscience des deux dames. Les maîtres de rétablissement dînaient en effet avec nous, mais à une table â part, où, étant servis les premiers, et s’adjugeant les meilU’urs morceaux accompagnés de tout le jus de la viande et autres accessoires que nous ne pouvions apprécier que des yeux, ils n’étaient pas trop à plaindre. Quant au bon docteur, c'était le complice le plus innocent du martyre qu’on nous faisait subir. Il se soumettait bénévolement aux décrets de sa femme sans jamais songer à lui-même, et il serait mort de faim avec nous sans murmurer.
Lorsque tout espoir fondé sur la réussite de ma péiition nous eut abandonnés, la vie se passa pour moi comme un singulier rêve. Il me semblait que je n’appartenais plus à l’école, à peine à moimôme, et quoiqu’on ne se permît aucune allusion directe à mon prochain départ, je voyais bien que personne ne l’avait oublié. Les faits furent si significatifs, que Percival Pobjoy, qui me devait dix-huit pence depuis un teanps immémorial, les
LA FORTUNE DÉ L’ÉCOLIÈR SîS
emprunta pour me rembourser, et qu’un autre de mes camarades, avec lequel j’avais eu une querelle, vint sponlan(?ment me demalidef pardon.
Samedi, le jour néfaste, arriva enfin. Il ne restait plus qu’un repas, plus qu’une chance pour Mrs. Glumper et pouf moi.
— Si elle nous donne tin dinef seulement passable aujourd’hui, me dit Jaik Rogers en me serrant le bras, par Jupiter, Charlcy, mon garçon, nous mettrons fin à vos projets.
Hélas ! cette dernière chance me fut encore refusée, Une flasque masse de riz nous fut servie en premier lieu, comme une appétissante bouillie propre à préserver le plat suivant d’attaques trop répétées.
Après le riz apparut l’alfreux pâté à l’extérieur grossièrement prétentieux, — vrai prototype de bon nombre de charlatans, — et cachant sous sa croûte jaunâtre un salmigondis impossible à analyser. Ohl quel contraste avec le succulent et délicat article que m’avait envoyé ma mèrel
Le pâté était servi, et chacun se livrait à des
recherches minutieuses, lorsque Mrs. Glumper dit d’une voix de héraut d'armes :
—Monsieur Trelacony mangera jusqu’au dernier grain de riz avant de recevoir autre chose.
Un rire à moitié étouffé se fit entendre; mais je restai ferme, et c’est ainsi que se termina mon dernier dîner à GIumper-House.
Jack passa son bras sous le mien.
— J’en suis vraiment fâché pour vous, Trelacony, me dit-il.
— Pas moi, répondis-je en m’efforcant de sourire, excepté pour...
Je pensais à ma mère etj e n’en pus dire davantage.
— Dans tous les cas, dit Jack, nous allons tenir conseil.
En un instant un grand congrès d’écoliers se trouva assemblé sous notre orme favori. A vrai dire, on aurait pu se dispenser de cette cérémonie} qui me. faisait pour ainsi dire assister à mes propres funérailles. Mais on ne pouvait refuser à Jack cette excellente occasion de se distinguer par la parole.
LA Fortune de l’écolier sas 11 parla, et l’éloquence de l’orateur doit être restée gravée dans la noémoire de ses auditeurs longtemps après que mon propre souvenir en fût effacé. Il fil observer dans sa péroraison que l’honneur et le bien-être de Glumper-House n’auraient pu, dans cette extrémité, être confiés à des mains plus dignes. Et ce n’était pas seulement notre communauté qui recueillerait les fruite de la mesure importante qui allait être prise. Les yeux de toutes les écoles de l’Europe seraient fixés sur Glumper-House. M. Trelacony allait placer le pied sur le premier degré de l'échelle de la puissance et de la gloire; mais l’orateur se permettait de lui demander franchement de quelles ressources pécuniaires il pouvait disposer.
Je répondis avec la même franchise :
— Dix-huit pence.
— Précisément la somme, — à un shelling dix pence près, — qui a été la source de fortunes colossales! reprit Jack d’un air triomphant.
« Il commença son immortelle carrière avec
une demi<ourorme, ou : L'origine de cet éminent
m LA FORTUNE DE L'ÉCOLFER
citoyen était des plus humbles; il débuta avec deux shelUngs six pence: o« : Notre moderne Crésus entra dans l'arène du monde avec la moitié d'une pièce de cinq shcllings et mourut riche de deux millions de livres sterling.
— Tels sont les passages les plus familiers des biographies. Charley, mon garçon, je le répète, vous ôtes né coilTé.
Et il me secoua chaleureusement la main.
Je me hasardai à f<*ire observer que je n’étais pas en possession de la somme magique nécessaire en pareil cas.
— Non, mais, par saint Georges, vous l'aurez, s’écria Jack! Voilà déjà six pence. Sou venez- vouseu lorsque vous serez un millionnaire tout cousu d’or, et envoyez au vieux Jack une cuisse de venaison d’un de vos parcs, — votre parc d'Éoosse, de préférence. — Et maintenant, qui veut contribuer à la souscription Trelacony?
Quelle que fût la pénurie de ces braves camarades, ik lirent preuve de si bonne volonté qu’une somme de neuf siiéiiin^â six peuce fut versée entre
les mains de notre cljcf. Mais l’observation de Jack avait produit un singulier effet dans moü esprit; quelque chose me disait de m’(n tenir strictement à la règle qui avait produit de si heureux résultats.
Je remerciai donc en peu de mots mes bons camarades; mais je refusai d’accepter au delà de la somme qui devait être l’origine de ma fortune. Je ne me hasarderai pas, ajoutai-je, à risquer le succès de môn entreprise et à rompre le charme magique atiribuô à une demi-couronne, en débutant à'ans le monde avec dix shellings deux penèè, somme dont il n’élail point lait mention dans les biographies citées par notre président. J’accepterai une demi-rouronnc et pas davantage.
11 était temps de songer aux jiréparatifs de mon départ. Aidé de quelques amis intimes, je fis un petit paquet des effets qui pouvaient m'étre nécessaires. Il y avait cependant un objet dont il me répugnait beaucoup de me séparer : c’daituri pot de fleurs contenant un haricot d’iispagne de la plus belle espérance. Ce vase avait été pour moi
iK LA FORTUNE DE L ÉCOLIER
une source de distractions et de consolations : j’étais presque décidé à lui feire parU^er ma fortune; mais Jack Rogers s’y opposa. Il avait beau interroger sa mémoire, il n'y trouvait aucun exemple d’un heureux aventurier qui eût débuté dans le monde avec une demi-couronne et un haricot d’Espagne. Si l’on ajoutait foi à l’histoire merveilleuse de Jack et de la tige de fève, il se contenterait, lui, Jack Rogers, de faire observer que les lumières du siècle où nous vivions avaient jeté bien des doutes sur quelques parties de cette légende.
Cet argument victorieux trancha la question.
Quant à s’esquiver, cela n’était pas dilBcile. Dne partie de la prairie était hors de vue de la maison, et, bien qu’on nous défendit d'y aller, et qu’il fût du devoir du moniteur du jour de signaler l'élève qui enfreignait cet ordre, le moniteur lui-méme, dans cette circonstance toute particulière, me ût la courte échelle pour m’aider à escalader le mur.
Il y eut un dernier échange de poignées de mains et un hourrah réprimé quand je m’arrêtai un instant sur la crête du mur.
LA FORTÜNE DE L’ÉCOLIER t»
— Vous écrircïla lettre demain, de... de... d’un endroit quelconque, me dit Jack d’un ton mysté> rieux. N'est-ce pas, mon garçon?
— 0-oui, répondis-je. Ça y est. Hourr... »
Et. me glissant le long du mur, je tombai sur mes pieds.
lE CHERCHE LE CHBVIH DE LA PORTDNE
En franchissant ce mur, j’avais franchi le Rubicon. Ce ne fut, je me rappelle, que lorsque je me trouvai dans le cbamp de M. Turûtt que je compris que j’étais bien décidément un fugitif. Mais rendons justice à mon courage juvénile, la pensée de revenir sur mes pas ou d'aller chercher la protection du toit paternel ne se présenta pas même à mon imagination. J’eus bien, il est vrai) un serrement de cœur en songeant au chagrin de mes parents, lorsqu’ils recevraient la nouvelle de
i30 LA ÈORtüNÉ DÈ L'ÈCOLlÉR
ma fuite; mais je fus réconforté en me disant que ma lettre les rassurerait bientôt sur mon sort. En attendant, la prudence' exigeait que je m’éloignasse au plus tôt.
Glumper-Ilouse était situé dans un des faubourgs de la partie nord de Londres, et, par conséquent, sur le grand chemin de la fortune. Je me dirigeai du côté que je conclus être celui de la Cité, tout en me demandant comment les choses se passeraient pour moi quand viendrait l'heure du coucher. Soudain, et grâce à un nom que je lus sur une enseigne de cabaret, une idée lumineuse me traversa l’esprit. J’avais un ami, Philippe Conéanen, qui demeurait à sept milles environ de là, à Chelsea, Philippe avait depuis longtemps quitté l'école, quoique son souvenir et une miniature très-peu flatteuse dé Mrs. Glumper, griffonnée au fond de son ancien pupitre, lui eussent survécu. Il avait alors près de dix-neuf ans, et il était venu une fois à Glumpet Ilouse, dattsun cabriolet qu'il conduisait luf-méme. J’avais été un de ses favoris, et j’étais cônvaincu’qu'il me donue^
Wlit non-seulement un bon conseil, mais encore qu’il garderait mon secret. Une fois rassuré sur le début de mon pèlerinage, je n’avais aucune crainte pour le reste.
Philippe était déjà associé avec son père et son oncle, riches brasseurs et distillateurs, dont l’établissement déployait une façade si imposante du " côté de la Tamise, qu’on l’avait pris une fois, assurait-on, pour l’hospice de Chelsea. Du côté de la ville, on y arrivait tout simplement par une sombre et étroite ruelle, seul passage qui donnât accès dans la mine d’or qu’on exploitait au delà. Je m’y enfonçai à la tombée de la nuit, et, par le plus heureux des hasards, je trouvai Philippe investi du comniaridemerit en chef de la maison a Coricanen frères et Concanen » jusqu’au lundi malin.
Il me fit un accueil cordial et, grâce à sa vieille femme de charge, m’installa devant un souper des plus réconfortants. Il écouta mon récit avec toute la bienveillance et l’intérêt sur lesquels j’avais Comptéi'mais en même temps avec une certaine
s» LA FORTUNE DE L'ÉCOLIER
gravité à laquelle je ne m'étais point attenda* Ses rapports avec les hommes et les cuves avaient déjà détendu chez lui la fibre romanesque. Il y a décidément dans la bière une tendance anti-sentimentale. J'ai eu l'occasion d'observer depuis que c'est tout le contraire avec la farine. La fille de votre meunier, s’il en a une, est presque toujours une héroïne de roman.
Mon ami Philippe critiqua assez sévèrement les brillantes visions de Jack, nia l'efficacité d’une somme de deux shellings six ponce comme source essentielle d'une grande fortune. Il medonna même à entendre que ce que j’avais de mieux à faire était de m'en remettre à la décision de ma famille et de renoncer à mes projets.
Mais, sous ce rapport, je fus la fermeté en personne, et, après une discussion prolongée, nous dressâmes le plan suivant :
Mrs. Swigsby, la vieille femme de charge, serait mise dans notre confidence, afin que je pusse occuper une chambre d'ami jusqu'au lundi matin. Ce jour-là, je ferais élection de domicile sur le do-
maioe privé de Philippe, à savoir : dans une chambre moitié fumoir, moitié sellerie, d’où une petite porte et un passage, sombre même eu plein midi, conduisaient dans Paradise-ÂIley, et de là dans la rue des Juifs. Je resterais dans ma cachette jusqu’à ce que j’eusse trouvé l’occasion de faire mon chemin; mais au moindre danger d’être découvert, je m’éloignerais, afin de ne pas compromettre mon ami. Finalement, j’écrirais, sans plus tarder, à mes parents, afin de les rassurer sur mon compte.
Ce ne fut pas sans peine, vu l’excessive surdité de Mrs. Swigsby, que nous parvînmes à endoctriner la digne femme et à lui ôter de l’esprit que j’étais le neveu de M. Thislewood, et impliqué dans une abominable conspiration des plus graves, qui venait d’être découverte dans Cato-Street. Cela fait, je me mis à écrire la lettre suivante :
< Mon cher papa et ma chère maman,
» J’espère que vous vous portez très-bien. Nous avons mangé le pâté et les antres bonnes choses
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que vous avez eu la bonté de nous envoyer; puis nous avons recommencé à mourir de faim. Du riz, des clioux, des chenilles et ce qu’lis appellent du pâté de beefsteak.ont recommencé de plus belle. J'avais espéré que vous écririez à Mrs. Glumper, mais peut-être ne l’avez-vous pas osé. Nous avons donc tenu conseil et pris la résolution de fuir les uns après les autres jusqu’à ce que les diners fussent meilleurs. Nous avons tiré au sort, et c’est mon nom qui est sorti du chapeau. Je savais que vous m’approuveriez, car je vous ai entendu diré une fuis, à propos du capitaine Shuiker, que ce n’est pas honorable de reculer. J’ai avec moi un vêtement complet, un peu de linge, ma Bible, mon cahier de versions latines et une somme d'argent qui est le commencement d'une fortune.
» Je sais très-bien ce que j'entreprends... c’està-dire je le saurai demain; ainsi j’espère que vous ne serez pas fâchés. J’embrasse maman et Agnès, et je suis, mon cher papa,
» Votre ûls affectionné, ,
» c. s. trklacony. »
■' Digili^aLby-iiiXigle
Le lundi matin, de bonne heure, Philippe m’installa dans mon nouveau domicile, où nous trouvâmes Mrs. Swipsby occupée à me dresser un petit lit. D’aprôs les manières de la digne femme, je ne pouvais m’empêi ber de croire qu’elle nourrissait encore quelques soupçons à mon endroit, car elle me regardait de temiis en temps comme si elle se fût attendue à me voir faire explosion, à l’instar d’une grenade. .Mais il eût été inutile d’essayer de l’éclairer davantage sur mon compte. Philippe en convint lui-môme et conclut qu’il fallait nous en remettre à la destinée.
Il me conduisit â travers le sombre passage jusqu’à la petite porte, et, m’en donnant ta clef, il prit congé de moi en m’assurant que personne n’entrerait dans ma chambre jusqu’au soir; qu’il viendrait lui-mérae m’apporter mon souper, me tenir compagnie pendant ce repas et s’informer si j’avais trouvé mon chemin.
Quelques minutes après, lorsque j’entrai dans la rue des Juifs, le sentiment que je ne m’appartenais pas se réveilla péniblement en moi, entrai-
naDt à sa suite une sensation encore moins consolante, celle de savoir que pour le moment, je n’appartenais à personne. Toutefois, je redressai la tête, et m’avançai avec autant de conflance que si j’eusse été au devant d’un ami en position de me tirer d’embarras.
Comment débutait-on en général?— Par quelque heureux incident, me répondis-je à moi-môme. Un enfant de bonne famille aurait-il l’obligeance de se laisser à moitié tomber sous les roues d’une voiture? Un corpulent gentleman, victime de quelque pelure d’orange, se laisserait-il choir pour me procurer l’occasion de le relever? Un commerçant affairé laisserait-il égarer sur mon chemin un portefeuille renfermant des papiers d’inestimable valeur? Non. Ces choses-là avaient eu déjà lieu, et la Fortune dédaigne de se répéter. J’étais convaincu qu’il me fallait partir du premier degré de l’échelle. Un grand homme, un des héros des légendes de mon enfance, avait autrefois balayé la boutique d’un barbier. Où trouverais-je un semblable barbier?