‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 15 sur 42 · LA BRETONNE · texte numérisé non relu

LA BRETONNE

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UN soir de novembre, veille de Sainte-Catherine, la grille de la maison centrale d'Auberive tourna sur SCS gonds et laissa passer une femme d'une trentaine d'années, vêtue d'une robe de laine déteinte, coiffée d'un bonnet de linge qui encadrait d'une façon étrange son visage pâle et boulîî de cette graisse blafarde que développe le régime des prisons. C'était une détenue qu'on venait de libérer. Ses compagnes de détention l'appelaient « la Bretonne ». Condamnée pour infanticide, il y avait juste six ans qu'une voiture cellulaire l'avait amenée à la Centrale. Après avoir repris ses bardes et touché au greffe son pécule, elle se retrouvait enfin libre, avec sa feuille de route visée pour Langres.

Il8 CONTES POUR LES JEUNES ET LES VIEUX

Le courrier de Langrcs étaic parci. Intimidée, gauche, elle se dirigea en trébuchant vers la principale auberge du pays, et, d'une voix mal assurée, y demanda un gîte pour la nuit. L'auberge était pleine et l'aubergiste, qui se souciait peu d'héberger « de ces oiseaux-là », lui conseilla de pousser jusqu'au cabaret situé à l'autre bout du village.

La Bretonne s'en alla, plus gauche et plus effarée encore, frapper à la porte de ce cabaret, qui n'était à proprement parler qu'une cantine pour les terrassiers. La cabaretière la toisa d'un œil méfiant, flairant sans doute une femme de la Centrale, et finalement la renvoya, en prétendant qu'elle ne donnait pas à coucher. La Bretonne n'osa pas insister; elle s'éloigna la tête basse, tandis qu'au fond d'elle-même s'élevait une hamc sourde contre ce monde qui la repoussait. Elle r^ '^' n'avait plus d'autre ressource que de gagner Langres à pied. Fin novembre, la nuit vient vite; elle se trouva bientôt enveloppée d'ombre, sur la route grise qui fuyait entre deux lisières du bois, et où le vent du nord soufflait rudement en éparpillant des paquets de feuilles mortes.

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