‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 17 sur 42 · LA CRETONNE · texte numérisé non relu

LA CRETONNE

Elle prit la lampe c: gagna le cabinet contigu, en laissant la Bretonne dans l'obscurité.

Celle-ci s'était étendue sur les bruyères. Après avoir mangé, elle essayait de fermer les yeux, mais le sommeil ne venait pas. A travers la cloison, elle entendait la Flcuriotte causant à mi-voi.K avec sa petite, que l'arrivée de l'étrangère avait réveillée et qui ne voulait plus se rendormir. La Fleuriotcc la dodelinait, elle l'embrassait avec des paroles caressantes, dont la naïve expression remuait singulièrement la Bretonne.

Cette explosion de tendresse réveillait un confus instinct maternel enfoui dans le sein de cette fille condamnée jadis pour avoir étouffé son nouveau-né. La Bretonne songeait que « si les choses n'avaient pas mal tourné », son petit, à elle, aurait eu l'âge de cette fillette. A cette pensée et aux sons de cette voix enfantine, elle frissonnait jusque dans les entrailles ; quelque chose de doux se fondait dans son cœur aigri, et elle avait grandement envie de pleurer.

— Allons, ma gâchette, disait la Fleuriotte, dépêchezvous de dormir. Si vous êtes sage, je vous conduirai demain à la foire de la Sainte-Catherine.

— La Sainte-Catherine, c'est la fête des petites filles, n'est-ce pas, maman ?

— Oui, ma mie...

— Est-ce vrai, que ce jour-là sainte Catherine apporte des joujoux aux enfants?

— Oui... quelquefois.

— Pourquoi est-ce qu'elle n'en apporte jamais chez nous?

— Nous demeurons trop loin... Et puis, nous sommes trop pauvres.

— Elle n'en porte qu'aux riches alors?... Pourquoi.'... Moi aussi, j'aimerais à avoir des joujoux.

— Eh bien! un jour... si vous êtes gentille... si vous vous endormez sagement, elle vous en donnera peut-être.

— Alors, je vais dormir... pour qu'elle m'en apporte demain.

Un silence. Puis, un souffle égal et léger. L'enfant s'était assoupie, la mère aussi. La Bretonne seule ne dormait pas. Une émotion poignante et tendre à la fois lui serrait le cœur, et elle pensait plus fort que jamais à ce petit qu'elle avait jadis étranglé... Cela dura jusqu'aux premières lueurs de l'aube... Au petit jour, la Fleuriotte et son enf^mt dormaient serré. La Bretonne se glissa furtivement dehors, et, marchant en hâte dans la direction d'Auberive, ne s'arrêta qu'aux premières maisons. Là, elle remonta lentement l'unique rue, regardant les enseignes des boutiques. A la fin, l'une d'elles parut fixer son attention. Elle frappa aux volets et se fit ouvrir. C'était une boutique de mercerie, contenant aussi des jouets d'enfimt, de pauvres jouets défraîchis : poupées de carton, arches de Noé, bergeries. — Au grand ébahissement de la marchande, la Bretonne acheta tout, paya et sortit.

Elle reprenait le chemin du logis de la Fleuriotte, quand une main s'abattit sur son épaule. Elle se retourna et tressaillit en se trouvant en face d'un brigadier de gendarmerie. La malheureuse avait oublié qu'il était défendu aux détenues libérées de séjourner aux abords de la maison centrale!...

— Au lieu de vagabonder ici, vous devriez déjà être à Langrcs, dit sévèrement le brigadier. Allons, en route!...

Elle voulut s'expliquer... Peine perdue!... En un clin

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