LA BRETONNE
d'œil, on rcquisinonna une charccte, on l'y fit monter sous l'escorte d'un gendarme, et fouette cocher!...
La charrette roulait en cahotant sur la route gelée. La pauvre Bretonne serrait d'un air navré son paquet de joujoux entre ses doigts transis. A un tournant de la route, elle reconnut le sentier fuyant sous bois; son cœur sauta et elle supplia le gendarme de s'arrêter : elle avait une commission
pour la Ficuriotte, une femme qui demeurait là, à deux pas. — Elle suppliait avec tant d'énergie que le gendarme, bon homme au fond, se laissa fléchir.
On lia le cheval à un arbre, puis on remonta le sentier. — Devant la porte, la Fleuriotte fendait du menu bois. En revoyant sa visiteuse en compagnie d'un gendarme, elle resta bouche bée et les bras ballants.
— Chut! fit la Bretonne, la petite dort-elle encore.'
— Oui... mais...
— Portez ces joujoux doucement sur son lit, et dites-lui que c'est sainte Catherine, qui les lui envoie... J'étais retournée à Auberive pour les quérir, mais il paraît que je n'en avais pas le droit, et on me ramène à Langres...
— Sainte mère de Dieu! s'écria la Fleuriotte.
— Chut!...
Elles s'approchèrent du lit. Toujours suivie de son escorte, la Bretonne éparpilla sur les couvertures les poupées, l'arche et la bergerie, baisa le bras nu de l'enfant endormie, et se retournant vers le gendarme qui se frottait les yeux .
— Maintenant, dit-elle, nous pouvons partir.