‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 25 sur 42 · UNE PETITE VILLE · texte numérisé non relu

UNE PETITE VILLE

UC^E TETUE VILLE

MON clicr, dis-jc à Tristan, tandis que nous grimpo dans l'omnibus qui fait le service entre la station

ipons qui tait le service entre la station et la petite ville de C..., il y a un proverbe allemand qui prétend qu'on ne rêve pas deux fi)is le même rêve. M'est avis qu'en t'obscinant à revisiter un pays que tu n'as pas revu depuis ta prime jeunesse, tu cours à une amère désillusion. — Laisse-moi tranquille, réplique mon compagnon, tout à l'heure tu me remercieras de t'avoir conduit ici. Tu vas voir une église qui date du xi" siècle et qui faisait l'admiration de Mérimée, En outre la ville est dans un site charmant ; la vallée de la Charente abonde en paysages très verts, très intimes, qui nous reposeront des grandeurs écrasantes ce trop solennelles des Pyrénées. Si tu savais quelles joies d'artiste et de poète j'ai goûtées dans ce pays inconnu, quand j'avais dix-huit ans?

— D'accord; mais tu avais dix-huit ans. C'était, si j'ai bonne mémoire, en iSj'^, et nous sommes en iSS?. Voilà donc trente ans tout ronds, que tu as perdu de vue ta vallée de Tempe. Trente années, c'est un bon morceau de la vie. Les jeunes filles que tu as connues jadis ont maintenant des cheveux gris; elles se sont mariées, elles ont marié leurs filles et tu les retrouveras grand'mères; on aura reconstruit les maisons, défriché les bois et changé le cours de la rivière...

— Tu m'ennuies!

L'omnibus se met en marche. Il roule sur une route poudreuse et sans arbres, chauffée par un soleil aveuglant. A droite et à gauche, de maigres champs de maïs, des chaumes dépouillés, aucun accident de terrain, et de loin en loin un toit de métairie, émergeant d'un bouquet de noyers. C'est monotone et c'est plat. Je regarde Tristan en dessous, sans même hasarder une observation. Il démêle une silencieuse ironie dans mon regard et répond en grognant : — Nous sommes sur un plateau; les plateaux sont toujours arides ; c'est par les vallées qu'il faut juger un pays. — Je courbe la tête. Nous sommes brouettés ainsi pendant trois quarts d'heure. Tout d'un coup, mon ami me pince le bras et me montrant un enfoncement de verdure où fijment des toits d'ardoise, il me crie : — Nous arrivons; voici C.i — Tout comme il m'aurait dit : « Voici Jérusalem! »

Une longue rue descendante et tortueuse, toute en chaussée avec une mince bordure de pavés sertis d'herbe ; de

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