‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 26 sur 42 · UNE PETITE VI LLE · texte numérisé non relu

UNE PETITE VI LLE

grises maisons bourgeoises à volets clos et qui semblent inhabitées; çà et là, un mur de jardin où court une tonnelle de vigne et que dépasse la cime d'un magnolia ; — c'est la grand'ruc. L'omnibus tourne dans une rue plus étroite encore, puis débouclic sur une large place irrégulière, dont une liallc couverte en tuiles occupe le milieu ; enfin il s'arrête devant ['Hôtel de France, un vieux logis Renaissance, dans lequel on pénètre par la porte trèflée d'une tourelle coiffée d'un toit en éteignoir. Nous sommes accueillis par l'hôtesse, une quinquagénaire obèse et avenante, sur la figure de laquelle on retrouve quelques vestiges d'une beauté depuis longtemps fanée. On nous donne des chambres. Tristan s'accoude à sa fenêtre et jette sur la place déserte un regard mélancolique. — Comme tout cela, soupire-t-il, s'est rapetissé et embourgeoisé! De mon temps, il y avait une vigUv, qui s'enlaçait gaiement aux ferrures de l'enseigne, et une jolie fille qui accueillait les voyageurs ; elle s'appelait Eveline, elle avait une taille svelte, de grands yeux noirs et des joues de brugnon miir. Je la vois encore, brodant à sa fenêtre, où fleurissait un pot d'œillets rouges, et me souriant quant j'arrivais pour le dîner.

Je me borne à fredonner ironiquement les vers de Bertauc:

Félicité passée, Qui ne peut revenir; Tourment de ma pensée, etc.

et je propose d'aller visiter l'église. — Nous jouons de malheur, l'église est en réparation. C'est à peine si, à travers les échafaudages, nous pouvons distinguer les archivoltes

romanes, curieusement brodées d'erranges sculptures. A l'intérieur, on a badigeonné la nef en couleurs crues, sous prétexte de lui restituer son antique physionomie byzantine. De la base des piliers trapus jusqu'aux clés des voûtes, ce n'est qu'un grossier peinturlurage où le bleu perruquier, le vert chou, le jaune souiVe et le rouge brique se mêlent

Page 1