‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 4 sur 42 · LE POMMIER · texte numérisé non relu

LE POMMIER

vants mcdccins de Paris, elle dépérissait chaque jour et sentait qu'elle ne passerait pas l'automne. — O misère, elle était jeune, riche, adorée, merveilleusement douée, et elle avait tant de choses à dire, tant de tableaux dans la téce !...

A la fin d'octobre, alors que sur le coteau de Sèvres, dans le clos blanchi par le premier givre, le robuste pommier abritait encore des rouges-gorges chanteurs sous ses dernières feuilles jaunies, les horticulteurs reçurent une lettre à bordure noire leur annonçant que Moussia était morte. Ht les braves gens de la petite maison entourée de ruches pleurèrent tout bas cette adorable fille qui, pendant un mois, avait été l'animation et la gaité du clos campagnard...

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Hélas ! dans le tourbillon tumultueux des grandes villes, une vie humaine qui s'éteint ne fait guère plus de bruit qu'une feuille sèche qui tombe. Après les étonnements émus des premiers jours, ce monde parisien, qui avait admiré, fêté et chanté Moussia, retourna à ses affaires ou à ses plaisirs. Trois femmes en deuil restèrent seules à pleurer dans fhôtel de Favenue de ViUiers. Une après-midi d'avril, tandis qu'ensevelies dans leur douleur elles se tenaient muettes au milieu du salon peuplé des reliques de la morte, on sonna à la porte, et le domestique introduisit les jardiniers de Sèvres.

Ils avaient fait toilette pour rendre cette visite; le mari, sanglé dans sa redingote des dimanches, tournait gauchement son chapeau dans ses mains gantées de noir, et la femme s'était parée de son châle de noce, sous lequel elle dissimulait un paquet assez volumineux.

— Faites excuse, mesdames, commença le jardinier, si nous venons vous déranger. — Nous n'avons pas voulu laisser passer cette saison sans vous dire que nous reparlons souvent de la pauvre demoiselle, et à ce moment de l'année plus encore que jamais!... Et, ma femme et moi, nous avons pensé à vous offrir quelque chose en souvenir d'elle...

En même temps, la femme soulevait son châle et en tirait une brassée de branches fleuries.

— Ce sont, reprit-elle, les premières fleurs du pommier qu'elle avait peint, et nous vous les apportons... Elles vous diront mieux que nous ce que nous avions dans le cœur pour Mlle Moussia... Et, si vous le permettez, nous ferons toujours de même tant que l'arbre donnera des fleurs et des fruits...

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