SUR BOUFFLERS XI
Lorraine, cardinal, et qu'il n'ait point charge d'âmes. Il me paraît que sa charge est de faire aux âmes beaucoup de plaisir. N'est-il pas fils de M m * la marquise de Boufflers, notre reine? C'est une raison de plus pour plaire. Mettez-moi aux pieds de la mère et du fils. »
Boufflers pensa qu'un canonicat serait encore trop pour sa vocation, et il troqua le petit colUt d'abbé contre la croix de Malte. Au commencement de 1762, nous le trouvons faisant la campagne de Hanovre à la tête d'un régiment de hussards. Vabbé a fait place au cheyalier, à ce chevalier de Boufflers dont les vers galants, les chansons, les bons mots et les jolis contes vont courir le monde presque autant que leur auteur, et lui assurer une réputation d'esprit qui, à cette date, n'a d'égale que celle de Voltaire. Tout en faisant honneur de ce changement de vocation aux scrupules de Boufflers, il faut dire aussi que le succès très-grand, mai* très-peu ecclésiastique, de la Reine de Golconde dut beaucoup y contribuer. Après cet éclat, il était difficile d'aspirer aux grands postes ecclésiastiques qu'un Boufflers pouvait ambitionner. La Reine de Golconde, qui avait d'abord couru en manuscrit, fut publiée en 1761. Ce fut le dernier adieu de Boufflers à l'Église. Il n'est pas sans intérêt de voir comment les contemporains jugèrent cette métamorphose, et d'entendre ce qu'en dit l'un d'eux :
XJI NOTICE
<( M. l'abbé de Boufflers, raconte G ri m m, s'est fait connaître, dès sa première jeunesse, par beaucoup d'esprit et de talents, et infiniment de folies. Plusieurs chansons gaillardes et honnêtement impies, le conte de la Reine de Golconde, fait au séminaire de Saint-Sulpice , au moment où il était apprenti évêque, et un examen scrupuleux de conscience, lui ont sans doute fait sentir que sa vocation pour l'épiscopat n'était pas des plus décidées ; mais, comme il était question de conserver quarante mille livres de rente en bénéfices que le roi Stanislas, par une suite de son amitié pour la mère de notre petit prélat, lui avait données en Lorraine dès son enfance, il a troqué le petit collet contre la croix de chevalier de Malte, qui n'empêche pas de posséder des bénéfices, et M. l'abbé de Boufflers est devenu le chevalier de Boufflers..; M. le chevalier de Boufflers n'a rien perdu des agréments et de la folie de M. l'abbé de Boufflers; il ne leur a ôté que le piquant du scandale '. »
Devenu soldat, et même hussard, Boufflers fut, dans cette nouvelle carrière, ce que pouvait être un Boufflers, et la croix de Saint-Louis, brillamment gagnée, témoigna de son courage. Il fut d'ailleurs favorisé de la fortune, et la campagne de 1762, à laquelle il prit part dans le Hanovre, fut une des