XVI NOTICE
merveille les ridicules de ce monde, et il n'en a point. On dit qu'il ressemble en cela à madame sa mère. Je crois qu'il ira loin. J'ai vu des jeunes gens de Paris et de Versailles, mais ils n'étaient que des barbouilleurs auprès de lui. Il a fort réussi en Suisse. Un mauvais plaisant a dit qu'il était là comme Orphée, qu'il enchantait les animaux ; mais le mauvais plaisant avait tort. Il y a actuellement en Suisse beaucoup d'esprit : on a senti très-vivement tout ce que valait votre peintre ' . »
Voltaire, jusqu'à sa mort, raffola du chevalier, « de son esprit, de sa candeur, de sa gaucherie pleine de grâce, de la bonté de son caractère *. » Suivant toujours par la pensée le charmant vagabond, il s'écrie un jour : « Je ne sais sous quel horizon est actuellement M. le chevalier de Boufflers; mais, quelque part qu'il soit, il n'y aura jamais rien de plus singulier ni de plus aimable que lui. »
Tous les voyages du chevalier ne lui furent pas inspirés par son caprice, par la curiosité ou seulement son humeur vagabonde ; il en est un qui eut pour objet une grave mission diplomatique. Ce ne fut pas le moins gai, ni non plus le moins périlleux. On dit en effet qu'il paya sa gaieté d'une disgrâce à la cour. Il avait été chargé d'aller complimenter une princesse d'Allemagne. Voici le récit bouffon qu'il a fait de
i. Lettre à la marquise de Boufflers, i5 décembre 1764. 2. Lettre à la marquise du Deffand, 21 avril 1765.