‹ Contes. Précédés d'une noticeChapitre 24 sur 42 · SUR BOUFFLERS XXV · texte numérisé non relu

SUR BOUFFLERS XXV

« Fulber eût été le plus heureux des hommes s'il avait pu demeurer toujours à vingt-cinq ans. Écrits voluptueux, couplets amusants, vers agréables, cette foule de riens qui sont les hochets d'une jeunesse partagée entre l'amour et les talents, donnent une espèce de célébrité ; mais lorsque la saison des folies aimables est passée, lorsque la raison vient revendiquer ses droits, elle rejette ou du moins rougit des succès dus à de si petites causes. Fulber en est à ces tristes expériences ; il a voulu faire succéder la vérité aux contes, la pensée au coloris, la méditation à la poésie. Quel a été son étonnement lorsque l'habitude des choses frivoles a rendu pénible l'usage de l'esprit appliqué à des vues plus utiles ! Sa patrie ne lui a ouvert aucune carrière; il a fallu chercher au delà des mers une apparence de travail et faire plutôt oublier une jeunesse inutile qu'employer ses loisirs pour le bien de l'État. On ne se déguise pas à soimême ce qu'on parvient quelquefois à déguiser aux autres. Depuis cette époque, Fulber est devenu morose; il a cessé d'être ce qu'il était sans devenir ce qu'il aurait dû être. Regrettant le rôle qu'il aurait pu jouer, l'avancement de ses rivaux lui a toujours rappelé des souvenirs amers : de là le dégoût philosophique pour un séjour qui devait être le sien. Il s'est rangé du côté des aristocrates... Fulber abonde dans ce qu'on appelle esprit, et il parle comme quelqu'un qui a besoin de ne rien

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