L'ÉTOILE
A Jules Sandeau.
Deux amis étaient là, l'un jeune, aventureux Comme un nouvel amant de la vieille nature ; L'autre semblait porter une raison plus mûre Écrite sur son front comme dans ses cheveux.
Ils regardaient tous deux ces montagnes immenses Qu'un lointain horizon marque d'un trait plus net, Et qui semblent grandir en raison des distances.
Le jour dans un ciel pur doucement déclinait;
Il semblait réunir ses forces épuisées
Dans un dernier regard limpide et lumineux,
Et le mont Blanc brillait de ces teintes rosées N
Que le soleil couchant donne aux sommets neigeux.
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Récits.
Devant ces tons choisis et ces lignes sereines, Nos amis demeuraient immobiles, muets, Comme s'ils avaient craint, spectateurs inquiets, De perdre leur pensée en des paroles vaines.
Le silence convient à l'admiration, Et c'est mai respecter les œuvres souveraines Que de leur imposer notre approbation.
Le plus jeune, pourtant, dans son impatience, De ce trop long respect paraissait se lasser. Il était à cet âge où l'on dit ce qu'on pense, Sans avoir bien appris ce que l'on doit penser.
« Oh ! qui m'expliquera ces mystères sublimes,
Cet espace où nul pied humain
N'a pu, surmontant les abîmes,
Se frayer encore un chemin?
Et ces glaciers mouvants, ces glaciers dont les fentes
Se colorent d'un bleu vermeil,
Et ces neiges indifférentes
Aux baisers ardents du soleil ?
Voilà l'insoluble problème, Le miracle éternel, le chef-d'œuvre divin Que l'austère nature impose à l'homme vain Pour qu'il monte vers elle ou qu'il rentre en lui-même
L'Étoile. i3
— Non, dit son compagnon, vous vous trompez, ami. Un grain de sable est gros aux jeux d'une fourmi. Notre raison est faible et notre vue est brève. Jetez les yeux plus haut : à l'horizon bruni
L'étoile du berger se lève ; C'est là qu'est l'inconnu, l'immense, l'infini, d