‹ Contes rosesChapitre 5 sur 8 · TA SOTTE MASSE \E ME FAIT PAS PEUI · texte numérisé non relu

TA SOTTE MASSE \E ME FAIT PAS PEUI

EAN l'Ours traversa plusieurs salles et parvint enfin à la ^ç| chambre de diamant. ^

Là, une princesse était as sise sur un escabeau de topaze ; elle cliantait tristement en s'accompagnant d'un luth dont les cordes étaient d'or et le corps

d'écaillé blonde.

A sa vue , .Jean demeura comme frappé de !?tu[)eur

Elle surpassait en beauté tout ce que l'on saurait imaginer; et il fut si ému qu'il tomba sur les genoux. 11 joignit alors les mains, comme s'il se trouvait en face d'une image sainte. 11 attendit qu'elle eût achevé sa chanson, car elle ne l'avait point entendu entrer; et, lorsque le luth eut exhalé son dernier accord, il éleva timidement la voix. Toujours agenouillé, il lui apprit en cette humble posture qu'elle voyait devant elle son sauveur.

La ravissante princesse s'avança vers lui pour le relever, mais il était si couvert de sang, de sueur et de poussière, qu'il la supplia de ne point le toucher par crainte de souiller la blancheur de sa petite main.

— Hélas, Madame, lui dit-il, je me considère comme bien indigne de l'insigne faveur que le Ciel m'a témoignée en me permettant de venir au prix de mille dangers vous arracher à vos cruels ravisseurs. J'ai déjà délivré vos sœurs qui vous attendent en sûreté auprès de mes trois fidèles compagnons. Vous plairait-il de m'accompagner pour que je vous mène vers elles ?

Il prononça ces mots avec un accent si tendre et si respectueux que la princesse en fut touchée. Certes, son libérateur ne lui apparaissait pas tel qu'elle l'avait souhaité. Cet homme à peine vêtu, velu ainsi qu'une bête, suant et sanglant, l'offusquait beaucoup. Elle avait, pendant sa longue réclusion, tant laissé trotter son imagination, tant lu de contes de fées où de charmants princes, feutre à la main, venaient en habits de gala délivrer leur belle inconnue, qu'elle espérait certes mieux que Jean l'Ours. Mais, comme elle avait le cœur bon et l'esprit fort raisonnable, elle ne put se défendre de vouloir du bien à ce brave.

— Allons, seigneur, dit-elle avec un ravissant sourire qui acheva de l'ensorceler, je me remets en votre valeureuse garde.

Ils s'éloionèrent.

Jean l'Ours marchait à côté de sa belle princesse, sans pouvoir se lasser de l'admirer. 11 faillit se perdre cinq ou six fois en sortant du pavillon, tant il avait la tête à l'envers. Parvenus au seuil de la maison, ils le trouvèrent tout baigné du sang que le géant avait répandu, et qui formait une mare fumante où Jean l'Ours enfonçait par delà les genoux.

Gomme la jeune fdle hésitait à risquer ses pantoufles de satin blanc et ses bas de soie fins dans l'horreur de ce flot rouge, il lui offrit de la porter jusqu'à l'endroit où ils pourraient de nouveau cheminer à pied sec. Elle accepta, ramena gentiment sa robe autour de ses chevilles mignonnes et s'abandonna, souriante, aux bras de son sauveur.

Tandis qu'il marchait ainsi, portant dévotement son précieux fardeau d'amour, elle le regardait curieusement, et lui trouvait grand air avec ses beaux yeux noirs, son front pur et les ondes lustrées de sa chevelure. Aussi ne fut-ce pas sans un certain regret qu'elle se sentit déposer à terre, de l'autre côté du lac sanglant : elle se trouvait si bien à l'abri contre cette robuste poitrine, qu'elle eût aimé y demeurer blottie plus longtemps encore.

Ils traversèrent la muraille de feu qui s'écarta d'elle-même pour les laisser passer, et par les chambres d'or, de vermeil et d'argent, arrivèrent enfin à la cour où gisait le corps immense du dragon.

Là encore, il fallait franchir un ruisseau de sang.

D'un geste tout de grâce et de naturel, la petite princesse noua ses bras frêles autour du cou de son guide ravi de cette aubaine.

Elle regarda le monstre mort avec une moue de dégoût et de terreur, puis, reportant avec admiration ses yeux sur les traits du jeune héros, elle le trouva décidément fort beau, et s'en réjouit au fond de son cœur.

Au bord du lac, devant le château, l'aigle attendait.

Jean courut au troupeau, choisit le mouton le plus gros, l'égorgea.

puis s'asseyant à côté de sa compagne sur le dos de l'oiseau, il tendit à celui-ci un morceau de chair.

L'aigle secoua ses plumes et s'envola dans la nuit lugubre du puits.

A chaque coup d'ailes, il tournait la tête, et Jean lui fournissait

sa sanglante becquée

Lentement, la montée s'effec- "'

tuait; elle semblait interminable à Jean, impatient de revoir le jour pour contempler à loisir le visage de sa bien-aimée dont cette ombre maudite lui dérobait la vue.

Soudain, alors qu'ils étaient parvenus aux trois quarts de leur ascension, Jean s'aperçut qu'il lui restait à peine de viande pour dix ou douze becquées.

Il blêmit.

— Madame, dit-il rapidement, le cœur sautant d'angoisse, je n'aurai bientôt plus rien à donner à l'aigle, qui, trop chargé sans doute sous notre double poids, remonte moins vite que de coutume. Encore quelques coups d'ailes et nous sommes perdus! Ecoutez donc, Madame, car je vais mourir et les minutes sont précieuses. Maintenant que la mort va me séparer à jamais de vous, je me sens assez de courage pour vous avouer l'amour insensé que, du moment où je vous ai vue, j'ai osé concevoir pour vous. Pardonnez-moi, Madame, mais vous êtes si belle! Jamais vous n'auriez voulu d'un être tel que moi, n'est-ce pas? Et il vaut mieux que j'en finisse d'un seul coup! Allons, pauvre Jean l'Ours, assez parlé! Adieu, Madame, adieu! Je vais me jeter dans le puits, et l'oiseau délesté s'élèvera plus vite.

La princesse de diamant noua ses bras autour des épaules du jeune homme, et s'attachant à lui :

— Arrêtez, cher seigneur, s'écria-t-elle. Non, non, je ne veux pas! Si vous sautez dans ce gouffre, vous m'entraînerez dans votre chute. Moi aussi, je vous aime, et je vous jure Dieu que votre mort sera la mienne. Restez près de moi; je vous en conjure, et mourons tous les deux... Hélas, hélas, faut-il renoncer si jeune au doux bonheur d'aimer? Ah, cher seigneur, comme j'eusse été heureuse, là-haut, auprès de vous, sous le grand soleil du bon Dieu...

Comme elle achevait ces mots, l'aigle, ayant dévoré sa dernière becquée, tourna la tête et poussa un cri rauque. La jeune fille se blottit plus étroitement contre Jean qui, égaré, perdu dans un ravissement infini, les oreilles toutes sonores encore de la divine musique de l'aveu, paraissait oublier l'horreur de leur situation. Il couvrait de baisers les doigts de sa bien-aimée...

Pour la seconde fois, l'oiseau poussa son cri féroce.

— L'aigle!... l'aigle!... s'écria la jeune fille avec un indicible accent d'épouvante.

Jean l'Ours sursauta.

— L'aigle!... répéta-t-il, comme s'il sortait d'un rêve.

Il secoua le front, abaissa sa main armée du couteau... et, cherchant sur lui-même une place, il poussa la lame, tailla dans sa chair, en tendit un lambeau pantelant à l'oiseau !

Le bec formidable s'ouvrit, se ferma; et d'un brusque coup d'ailes, l'aigle reprit son vol.

Ils montèrent lentement...

Et lorsqu'ils parvinrent à la lumière du jour, le corps de Jean l'Ours n'était plus qu'une plaie.

Il contempla au grand soleil le visage de sa chère princesse, murmura : « Qu'elle est belle! » et tendant en un effort dernier ses bras vers ses compagnons, il s'évanouit, à bout de souffrances.

Tous s'empressèrent autour de lui; mais le nain les écarta doucement :

— Ne vous désolez point, mes maîtres, leur dit-il. Et laissezmoi faire.

11 tira de son sein cette même boîte d'ivoire où il avait puisé l'onguent qui avait cicatrisé son menton; il en prit gros comme une noix et le malaxa entre ses paumes. Ensuite, il en frotta le malade tout au long de ses blessures qui, sous l'action miraculeuse de la drogue, se refermèrent immédiatement. Bien mieux ! Partout où la surprenante mixture touchait la peau du jeune homme, celle-ci devenait lisse et se débarrassait de son hideux pelage d'ours !

Lorsque Jean reprit ses sens, il s'étonna fort de constater l'agréable changement qui avait si heureusement transformé toute sa personne.

Il rendit aussitôt au nain sa longue barbe blanche et l'embrassa à l'étouffer.

Puis, comme les sœurs de sa princesse semblaient s'entendre le

.lEAN L'OURS. loi

mieux du monde avec ses trois compagnons, il pria civilement celles-ci de bien vouloir les agréer pour époux.

Les noces des quatre amis furent célébrées le même jour, et chacun songea à regagner le royaume que sa femme lui apportait en dot.

On se sépara donc en grand chagrin; on se jura amitié éternelle; on s'embrassa. Et les quatre nouveaux monarques se firent promesse solennelle de se réunir au moins une fois l'an pour célébrer en joyeux festins l'anniversaire de leur quadruple bonheur.

Enfin , chacun prit la direction de son empire.

Plume-au-Vent, avec la princesse d'argent, partit au ^ nord.

^ — ^.^"ii-rc. - Tranche-Mon-

tagne, avec la princesse de vermeil, partit à l'est.

Tords-Chêne, avec la princesse d'or, partit à l'ouest. Jean l'Ours les regarda s'éloigner, il agitait son toquet ; son épouse faisait flotter de-ci de-là la blanche soie de son écharpe. Les trois compagnons se retournant, criaient : a Au revoir ! o Les trois sœurs envoyaient à leur cadette de gentils baisers du bout de leurs doigts roses.

Au détour des routes ils disparurent, après un dernier signe d'adieu. x'Mors, Jean l'Ours entoura de ses bras sa chère princesse de diamant :

— Mignonne, lui dit-il, vous plairait-il que votre époux vous conduisît à ses parents? J'ai, quelque part, bien loin d'ici, un vieux père et une vieille mère qui manquent à mon cœur.

— Allons, mon cher seigneur et maître, répondit-elle avec un doux sourire, je suis votre humble servante. Rien ne me presse désor mais, puisque je vous ai. Nous nous aimons, que nous importe notre royaume! Nos sujets attendront; ils doivent en avoir pris l'habitude depuis près de cent ans qu'ils espèrent en mon retour. Mettons-nous en chemin, il me tarde d'embrasser vos parents.

Lieue par lieue, à petites journées, voyageant en gais amoureux, ils atteignirent un beau soir la forêt oii Jean était né.

L'été parait de fleurettes la mousse épaisse des clairières; l'air tiède charriait des parfums, et la lune, veillant là-haut dans la pâleur de cette nuit, glissait à travers les cimes de paisibles rayons d'argent.

Par les vieux sentiers familiers, Jean conduisit sa compagne jusqu'à la hutte paternelle.

Ils arrivèrent tout contre l'huis, et se regardèrent en souriant. Ils pensaient tous deux à la joie qu'ils apportaient aux braves gens dormant là derrière ces planches, rêvant de leur enfant peut-être.

La princesse de diamant leva sa main blanche; ses doigts menus cognèrent contre le bois : « toc, toc. »

— Père, mère, ouvrez, ouvrez vite! Voici vos enfants chéris, direntils ensemble.

La porte s'ouvrit toute grande ; et dans le silence de la forêt vibra un long cri de joie maternelle :

— Jean, mon fils adoré!... mon Jean!... c'est toi, c'est toi!...

JEAN L'OURS. io3

— Oui, c'est moi, mère...

La bûcheronne riait et pleurait, réfugiée dans les bras de son fds. Et le bûcheron, de tous 'ses yeux, regardait la princesse qui, baignée de rayons de lune, semblait une mignonne fée.

Je vous laisse à penser le ravissement de tous. On ne dormit guère cette nuit-là dans l'étroite cabane de planches.

Le lendemain, dès l'aube, Jean sortit seul en grand secret. 11 dirigea ses pas vers la caverne de sa mère ourse. Il la surprit à son réveil; gravement pelotonnée dans sa fourrure, elle ouvrait ses bons yeux aux premières lueurs du soleil.

En apercevant son nourrisson, elle fit deux ou trois sauts de joie.

— Est-ce donc toi, mon fils? lui dit-elle en langue oursonne. J'ai grand plaisir à te revoir.

Jean lui conta ses aventures.

Elle les écouta en dodelinant sa lourde tête, et exprima le gros regret de voir son enfant adoptif privé de son beau pelage. Puis, comme en terminant, il lui offrait de l'emmener en son palais où il lui aurait bâti une caverne de pourpre et d'or :

— Non point, mon enfant, répondit-elle, je reste dans ma chère forêt. C'est que, vois-tu, je me fais vieille, mon bon Jean l'Ours, et, à mon âge, il n'est point aisé de changer ses habitudes; c'est ici que je suis née, c'est ici que je compte bien mourir de ma belle mort, à moins que le trait d'un chasseur n'abrège le fil de mes jours. Et puis, vous autres hommes, malgré toute votre science et votre esprit, vous ne sauriez démêler ce qui peut faire le bonheur d'un ours. Garde donc tes présents et ne te tourmente point de moi.

Adieu, je ne veux rien de toi qu'une petite place dans ton cœur. Vis heureux, tu es un vaillant, et, foi d'ourse, je suis fière de toi.

A quelques jours de là, Jean l'Ours, ses parents et sa femme quittèrent leur cabane de branchages pour s'acheminer vers le royaume de la princesse de diamant, où ils arrivèrent sans encombre après un heureux voyage.

Proclamé roi, Jean gouverna sagement, pour le plus grand bien de ses sujets. Ses parents ne le quittèrent plus, et devenus bientôt grandpère et grand'mère, ils firent sauter sur leurs genoux des petits enfants aussi blancs et roses que leur père, à leur âge, avait été velu.

Quant au nain à la barbe blanche, ignorant d'oii il venait, je ne saurais vous dire où il s'en retourna.

à Madame Louise Robert- Dumas.

I, était une fois un roi et une reine qui n'avaient qu'une fille. On l'appelait Blanche-Rose à cause de la candeur de son teint et de la pourpre de ses lèvres. Ses parents en étaient fous et, cent fois le jour, remerciaient le Ciel de leur avoir donné une enfant si accomplie; car, bien qu'elle ne fût âgée que de six ans, elle savait déjà dire les choses les plus jolies du monde et souriait à tout venant avec tant de grâce que l'on ne pouvait se défendre de l'aimer.

io8 CONTES ROSES DE MA MERE-GRAND.

Or, un jour du mois de juin, Bianclie-Rose était assise à une fenêtre et regardait dans la campagne.

Derrière elle, sa gouvernante, une bonne dame de la cour, savante comme un docteur, mais ronde comme une boule et grasse comme un oison, venait de s'endormir, renversée dans sa haute chaise à dossier fleuronné. Elle avait laissé choir sur ses genoux son ouvrage de dentelle, et, assommée par la chaleur qui, dans la plaine, faisait chanter et gambader les sauterelles, elle commençait à ronfler, la tète pendante, le nez au creux de son quadruple menton.

Dehors, les faucheurs du roi fauchaient le foin : un parfum puissant montait du sol, s'enlevait et venait, porté par la brise, caresser les joues de la petite princesse.

— Comme cela sent bon! se dit-elle. Et comme il serait agréable de se promener au milieu de ces jolies odeurs... Mais, voilà, il m'est défendu de sortir seule... Ah, cela n'est guère amusant d'être fille de roi.

Elle poussa un gros soupir; et, comme elle apercevait une paysanne qui passait en bas sur la route, cheveux au vent, chanson aux lèvres, elle ajouta :

— Que cette femme est heureuse de pouvoir aller et venir au grand soleil, sans traîner derrière elle une fâcheuse dame d'atours empêtrée de graisse, et qui ne peut faire deux pas sans fondre en eau.

Ce disant, elle se retourna vers sa gouvernante. Mais, la voyant endormie, elle bondit de joie et aurait battu des mains si la peur de l'éveiller ne l'eût retenue.

Elle s'éloigna de la fenêtre, s'approcha de la porte; puis, relevant du bout de ses doigts sa longue robe, elle découvrit la pointe de ses pantoufles de satin, s'inclina cérémonieusement, fit à la dormeuse deux ou trois révérences comiques, et dit entre ses dents, d'une mignonne voix amusée :

— Ah! ah, vous dormez, Madame. Bon somme, je vous souhaite! Et que Dieu vous garde des mauvais rêves! Je vais profiter de votre assoupissement pour hasarder au dehors mon auguste personne. Ne vous tourmentez point, Madame, je serai bientôt revenue... Votre servante, Madame, votre servante!

Et leste, espiègle, elle s'esquiva.

Elle descendit quatre à quatre l'escalier, traversa la cour et franchit le pont-levis. Les gardes qui veillaient aux portes du château, abaissèrent devant elle la pointe de leurs piques, l'officier mit un genou en terre.

Blanche-Rose les salua d'un sourire, puis, trottant menu, elle s'échappa dans la campagne.

Elle alla de longs instants, parvint au bout du parc et atteignit enfin l'étendue libre des prairies où les faucheurs travaillaient.

Blanche-Rose s'arrêta et regarda de tous ses yeux.

Les faux allaient et venaient, luisantes sous le soleil, promenant des éclairs à travers les herbes; des papillons blancs folâtraient, capricieux et légers comme un duvet errant; on ne voyait point d'oiseaux, mais on entendait leur bal)il dans la ramure des saules; et par l'air empli tout entier du frémissement des tiges tombant au tranchant de l'acier, sonnait le tintement des lames que le poing d'un paysan martèle, ou stridait le chant éperdu des sauterelles ivres de lumière.

Blanche-Rose ne se lassait pas d'écouter. Enfin, séduite par la fraîcheur d'un ruisseau qui coulait tout proche, et dont elle distinguait l'onde paisible serpentant sous une allée d'aulnes, elle s'achemina vers lui.

A petits pas, elle le C(jtoya, admirant les ébats des poissons, le vol fulgurant des libellules ; parfois, elle se penchait et souriait à son image qu'elle apercevait reflétée par l'eau en un cadre de nénuphars, d'iris et de lys aquatiques.

Insensiblement, elle s'éloigiiait du château. Au bout d'une heure,

elle parvint à une sorte de clairière entourée de saules argentés. Au milieu d'une pelouse fraîchement rasée par la faux, se dressait une meule de foin répandant autour d'elle un si délicieux parfum, que Blanche-Rose s'approcha pour la respirer de plus près.

— Mon Dieu , les jolies fleurs ! s'écria-t-elle.

Tout un parterre de pâquerettes, de boutons d'or et de liserons s'étalait au pied de la meule.

Elle se baissa, étendit la main, saisit entre ses doigts la tige menue d'une pâquerette; mais, à peine l'eut-elle touchée, qu'elle poussa un cri de ravissement : la fleurette était un bijou du plus pur travail; elle avait une ^ tige d'or vert, un ca-

lice d'émeraude, un cœur de topaze et des ^>ï~s- pétales de diamant!

Elle la cueillit,

-^ ' sauta de joie, battit

des mains, rit aux éclats, puis se divertit à la faire miroiter au soleil. Ensuite, elle se courba vers les autres : boutons d'or, liserons, bluets étaient également des joyaux. Composés avec un art merveilleux, ils offraient aux regards de Blanche-Rose l'orient de leurs perles, la laque de leurs émaux, le feu de leurs pierreries, la ciselure de leurs métaux : il y avait là tout ce que la terre cache de précieux en son sein. La jeune princesse en fut comme étourdie :

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