LE TOUR DE FRANGE
— Oh! monsieur le Curé, vous prierez le bon Dieu pour lui, n*est-ce pas? dit Marguerite enjoignant les mains, je le prierai aussi tous les jours.
— Et Dieu le protégera, dit le curé, Dieu le protégera s'il est honnête homm3.
— Et il le sera, dit avec force Kairuel, en frappant sur Pépaule d'Antoine : pas vrai, Antoine, que tu ne feras jamais rougir ton père, ni pleurer ta mère? t'es pas riche, mais tu sais lire et écrire, c'est une fortune, c'est M. Dabin qui te Ta donnée, tu ne l'en feras pas repentir?
— Non, mon père, dit Antoine avec émotion. Puis, voyant sa mère dans un coin, il s'approcha
d'elle, et ils s'embrassèrent longtemps sans rien dire.
— Allons, allons, , dit Kairuel, d'un ton qu'il voulait rendre joyeux, le souper est prêt. A table, vous autres!
On se mit à table : d'abord Antoine, tout ému de sa mère, ne put pas manger, mais bientôt l'ap-
123 CONTES POUR JkESi ENFANTS.
petit (Je la jeunesse remporta. Les deux sœurs, affriandées par un repas si excellent, dotées aussi par la jeunesse de cette insouciance qui ne voit que du bonheur d^ns la liberté et le hasard, les deux sœurs firent comme lui. Le bon ciuré ne refusait rien, pour ne pas troubler le bonheur que ces pauvres gens avaient à le fêter. feLin]|el mangeait taot qu'il pouvait pour se donner un air dégagé et fort, Mais la pauvre Marguerite ne touchait à rien du tout, ses larmes lui retombaient sur le cœur, tout le monde était silencieux. Tout magnifique qu^était le repas, il fut bientôt fini, et alors le curé» pre-
ant la parole, dit à Antoine ;
— Maintenant, mon garçon, il feut que je te fasse mon petit présent.
— Qu'est-ce donc? dit Antoine.
— Mohsieur le Curé ! reprit Kairuel en rougissant, Antoine n'a besoin de rien, je ne peux pas accepter, vous êtes trop généreux.
— Oh I dit M, Dabin en souriant, c'est bien peu