LE TOUR DB FRANCE
de chose; tiens, Antoine, a]outa*t*il en tirant un petit paquet enveloppé de papier et un livre de la poche de sa soutane : voici d'abord une montre*
— * Une montre! s'écria toute la famille, une montre d'argent, c'est trop... c'est trop.
-^ Laissez, laissez , dit M. Dabin , ce n'est pas trop, mais ce sera assez, si elle lui est utile, coname je le veux; avec cette montre Antoine réglera naieux son temps, celui de sa route, celui de son travail, et en voyant cette» aiguille qui va toifjours devant elle sans jamais retourner en arrière, il comprendra que le temps perdu ne se rattrape jamais.
Le temps, c'est le patrimoine que Dieu a donné au pauvre, et pour Fhomme laborieux il est plus riche que vous ne croyez. Je veux vous en donner une preuve/ Le chancelier d'Âguesseau dînait à Ddidi précis, et quand midi sonnait il descendait toujours dans la salle à manger. Sa femme, qui n'était pas si exacte, le Ëifeait toujours aussi attendre de
cinq à dix minutes. Le chancelier, s'apercevant de ce retard habituel, voulut remployer à quelque chose; il ût mettre du papier et des plumes dans la salle à manger, et tous les jours il écrivait quelque chose en attendant sa femme. Ëh bien 1 au bout de dix ans, avec les dix minutes de tous les jours qu^un autre aurait perdues à ne rien faire, il composa un des plus beaux livres qu^il ait faits et qui eût demandé un an de travail à un autre. Vous le voyez, il gagna un an de travail sur sa vie.*
Peut-être les bonnes gens qui écoutaient le curé ne comprirent-ils pas toute la portée de cette anecdote ; mais nos jeunes lecteurs, qui ont déjà idée de ce que c'est qu^un travail de Fesprit, en verront le résultat et y réfléchiront.
Cependant M. Dàbin avait remis la montre à Ajdtoine, qui, malgré sa joie, n'avait pas osé la mettre dans son gousset. Le curé prit alors son livre, et ajouta :
— Ceci, Antoine, est une géographie de Gutrie