‹ Contes sans prétentionChapitre 24 sur 41 · LE TOUR BE FRANCE · texte numérisé non relu

LE TOUR BE FRANCE

que nous leur pirésenteroûs dans unô suite non in** terrompue de contes instructifs. Si nous n'avons pas choisi pour faire ce tableau le voyage de quelque jeune élég&nt avec son gouverneur, c'est que nous voulons faire connaître à nos enfants les différences qui distinguent chaque province, et que ces différent ces ne sont pas dans le monde riche, où leurs mœurs sont à peu près partout les mêmes, mais dans le peuple, qui a conservé des fractions plus saillantes de ses diverses origines et coutumes d'autrefois.

Cependant M. Dabin s'était retiré. Marguerite en^ voya coucher son fils, qui devait partir le lendemain de grand matin ; puis, avec ses filles, elle reprit sôô travail, et toutes trois travaillèrent jusqu'au jour pour compléter le trousseau d'Antoine. Le père Kainiel ne se coucha pas non plus 2 ce n'est pas qu'il eût quelque chose à faire dans ces travaux d'aiguille, mais il lui semblait à ce brave homme qu'il ne devait pas dormir quand sa f^nme et ses filles travaillaient toute la nuit« On se parla peu durant toutes ces lon^

gues heures ; chacun s^entretenait de ses pensées : le père voyait son fils parcourir la France en bon ouvrier gagnant honnêtement de Targent et de l'instruction ; Mai^erite ne songeait qu'au jour où il reviendrait riche ou pauvre, et ses sœurs voyaient déjà le joli cadeau qu'il « leur rapporterait de son tour de France.

Le jour parut. Antoine s'éveilla tout seul, son paquet était fait, tout était prêt depuis une heure. On sortit, et l'on se rendit chez le curé; il n'était pas levé et l'on alla réveiller. En l'attendant, toute la famille entra dans l'église de Sainte-Cécile à laquelle tenait la maison de M. Dabin, et tous s'agnouillèrent devant l'image de la sainte patronne d'Albi.

Oh ! l'église de Sainte-Cécile est une magnifique chose ! Ses arceaux gothiques se perdent au ciel, les teintes rouges de briques, qui percent les couleurs dont on Fa revêtue, l'illuminent comme les reflets du soleil. Le chœur a l'air de l'ouvrage des fées, tant il est travaillé ; ce sont des milliers de

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statues, de fleurs, de rosaces, de colonnes. C'est un ouvrage brodé en pierre et en bois. Que de fois, enfant, tout petit enfant que j'étais, pour échapper à ma bonne, pour grimper dans les combles de l'ér glise, courir sur les corniches, me glisser dans quelque lucarne perdue dans la courbure de ses arceaux; et quand alors Torgue magnifique de Sainte-Cécile, la patronne des musiciens, se mettait à chanter ou à mugir, et que les voix de milliers de chrétiens, à genoux sur le pavé, se mêlaient au chant de Forgue; que de fois alors, tout enfant que j'étais, je me suis mis à pleurer tout seul, à m'oublier, à rêver que j^étais un ange, à demander à Dieu de me prendre tout de suite ! Je demeurais là immobile, rêveur, jusqu'à ce que ma bonne arrivât et me ramenât aux tristes pensées de la terre en me donnant quelques tapes et en me promettant le fouet ; car c^est une des manies des gens du Midi, si 'ce n^est dans les plus hautes classes, de corriger par les coups, du moins de mon temps.

Donc toute la famille était en prière quaod M. Dabin arriva; chacun le vit sans se déranger, et l'on ne se leva que quand la prière fut faite. Al&rs M. l>abin s'approcha.

— Ëh bien! mon enfant, es-tu content de

toi?

— Oui, monsieur le Curé.

. — £h bien! pars : voici les soixante francs que Ux attends.

Plus tard Antoine écrivit qu'il y en avait cent dans le rouleau,

— Bénissez mon enfant, s'écria Marguerite» bénissez-le, je vous en prie!

Antoine se mit à genoux, et le saint prêtre, tendant les mains sur lui, prononça une courte prière. Le pauvre serrurier et sa femme, ne pouvant s'empêcher d'imiter lé bon prêtre, ^'écrièrent en sanglotant:

— ^k^us te bénissons aussi, Antoine, nous te bé^ nissons.

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Les deux sœurs étaient aussi à genoux : tout le monde pleurait.

Il fallut partir.

Marguerite et ses filles accompagnèrent Antoine avec son père. En passant sur la place de Vigan, le jeune compagnon ne put s'empêcher de tourner la tête du côté de la rue où était sa maison.

— Tu y reviendras, lui dit Marguerite en l'embrassant.

— Oui, dit Antoine, oui, ma mère.

On traversa le Lude. Vous, mes jeunes amis, qui savez un peu de latin, vous comprenez déjà ce que veut dire le Lude ; le Lude vient de ludere^ jouer : en cette promenade était l'endroit où les Romains avaient autrefois établi leurs jeux, ludi; et dans notre beau pays les souvenirs de Rome vivent à chaque pas. Au bout de la promenade, Marguerite et ses filles quittèrent Antoine comme cela était décidé. La pauvre mère pleurait, embrassait son fils^ le quittait et le reprenait pour Tembrasser.

m dONYËà I^Ottft LES ËNi^ÀNt^.

— Tu nous écriras souvent ; écris-nous souvent.

* Antoine proniettait en pleurant aussi; enfin le père Kairuel s'interposa, emmena son fils, et le conduisit jusqu'à une lieue de la ville ; et le tour de France commença.

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