RIVALITÉ 0B MURAT ST OE DAYOUST
Le reproche avait frappé juste ; Murât avait appuyé avec intention sur ces mots : Le prince d'Scknmhl n'aime à obéir à personne,., et Napoléon avait légèrement ironcé le sourciL Davoust« qui avait compris qu'il avait été attaqué d-un côté qui donnait prise, et pour une chose dont il était souvent accusé, même par l'empereur, Davoust se hâta de proteste!* que c'était son dévouement seul qui le portait à parler et à agir comme il le faisait. Murât l'interrompit plus violemment encore :
« Alors, dit-il, c'est donc haine contre moi? eh bien! il faut en finir. Depuis l'Egypte c'est toujours ainsi; j'en suis fatigué ; et si Davoust veut se rappeler qu'il a été soldat et moi aussi, s'il veut se rappeler qu'il porte un sabre et moi aussi... Je lui donne...
A ces mots. Napoléon, jusque là indifférent à cette querelle, relève la tête, mesure Murât d'un regard qui fit expirer la parole sur ses lèvres, et lui dit, avec cet accent d'autorité qu'il prenait rarement, mais qui était invincible :
« Le roi de Naples n'a que des ordres à donDer au prince d'Eckmuhl. »
Murât, satisfait de cette parole qui, malgré la dureté du ton, établissait son droit de commandement, se retira à son quartier général. L'empereur, demeuré avec Davoust, lui parla doucement. Mais, mieux secondé dans sa marche ardente fet dans son désir d'atteindre Tennemi pour en obtenir une bataille, par l'impétuosité de Murât que par la sage réserve de Davoust, il lui représenta avec amitié : « Qti'on ne » pouvait avoir tous les genres de mérite ; que me- » ner une avant-garde n^était pas diriger une armée, » et que peut-être Murât avec son imprudence eût » atteint Bagration que lui Davoust avait laissé » échapper par sa lenteur. » Malgré la douceur avec laquelle l'empereur parla à Davoust, il fut bleâsé de ces reproches et il se retira à son tour plus irrité qiie jamais contre le roi de Naples. Une heure après on fit dire à celui-ci qu'on renverrait en France le premier qui tenterait de pousser plus loin cette querelle.