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J*aiine les républicains quand ils sont honnêtes, raisonnables, gens d'esprit, et qu'ils parlent français. Si jamais j'en trouve de cette étoffe, nous n& disputerons point, fit-il très-chaud ce jour-là; il n'en est pas question pour le moment,
Paillenlœil, lui aussi, se disait républicain sans savoir ce qu'il voulait dire. Si, par hasard, on lui eût demandé quelle différence il faisait entre l'oligarchie, la monarchie et la république, il n'aurait trop su que répondre.
La république, pour lui, c'était un bon pavé lancé à tour de bras dans l'uniforme d'un sergent-de-ville ou sur un réverbère du gouvernement. Remarquez, à ce sujet, que tous les prétendus amis des lumières aiment à casser les
lanternes. Les plus chauds les décrochaient jadis pour pendre des hommes à la place; à quoi l'abbé Maury disait ingénument : « En verrez- vous plus clair? » Et c'était fort bien dit.
Paillenlœil, bel enfant d'un bon fermier de la Beauce, vint à Paris pour étudier. U n'aimait pas les sergents-deville, parce que les sergents-de- ville le gênaient souvent, non dans ses études, mais quand il voulait casser les lanternes.
Il aimait ia république, parce qu'il avait lu dans son journal que la république était aimable ; la Révolution française, il la connaissait autant que l'histoire ancienne, qu'il n'eut pas le temps (l'î^pprendre ; mais il n'était point de ceux qui blâment les excès de cette révolution. Tout en admirant ses commencements, il disait avec raison que c'était séparer la cause de l'effet, chose absurde.
Il tenait Marat pour un galant homma, et Robespierre pour un philanthrope calomnié. Son journal pensait ainsi. Pour le fond de sa conduite politique, c'étaient le punch, la pipe et de sourdes conspirations entre la poire et le fromage. Dans sa pensée, le salut de la France fut inséparable d*nne côtelette et toujours d'une bouteille à cachet vert.
S'il avait à s'expliquer sur Fensemble de ses opinions, il se vantait d'être du mouvement; cela voulait tout dire, attendu que le mouvement c'est le contraire de tout repos, de tout établissement, âe tout état politique, et cela mène loin.
Au demeurant, Paillenlœil était bon, généreux, sensi- We, d'humeur facile, se laissant volontiers duper. Sesopi-
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nioBS furent respectables, car il y voyait le bonheur du peuple; compatissant et secourable, il ressentait les maux des pauvres gens, il voulait qu*il n'y en eût plus, de pauvres gens ; le journal le promettait, c'est par là que Paillenlœil fut séduit. Les hommes du parti se rassemblaient, soit au café pour jouer la poule; soit dans les cabarets hors barrière, oti l'on conspirait le dimanche en buvant un vin révolutionnaire qui mettait la tête à Tenvers. C'est là que Paillenlœil fit la connaissance d'un grand ooquin de^ cinq pieds huit pouces, tout débraillé, tout velu, la botte béante, le collet gras, mais démocrate à ravir et plus ennemi de la propriété qu'un voleur de grand chemin.
11 8'appelait Ledrôle; on Testimait dans le parti ; Paillenlœil, en cette considération, lui payait à boire, et Ledrôle, reconnaissant, lui fit connaître le chef de la secte, le célèbre Torquatus-Nasica-Salsifis-Ventôse-Guillotin, issu de bonne souche jacobine, comme l'attestaient ses pieux prénoms, et rédacteur en chef du Bien d' Autrui,
11 faut croire que Guillotin fût un habile homme, assez du moins pour en établir la réputation dans son parti , mais le parti n'était pas nombreux. De plus, Guillotin trouvait à vivre fort doucement au milieu de frères et amis qui mouraient de faim : autre preuve d'habileté. On l'aceusait, il est vrai, de toucher secrètement de l'argent du gouvernement qu'il voulait détruire. Mais Guillotin s'en défendait ; on l'en crut, comme on l'osait bien croire quand il disait que tous les pauvres honteux aurnient lui jour leur loge à l'Opéra.
—Et puis, s'écriait Guillotin, est-ce que lamorale est faite pour les fortes têtes, pour les bons politiques et les grands révolutionnaires? Voyez Mirabeau, voyez Danton, payés par la cour et par les factions. Notez que Desmoulins en faisait autant. Coquins, si vous voulez, mais grands coquins !
11 était néanmoins si considéré, que Pailienlœil, se voyant admis à l'honneur de paraître en sa présence, fut saisi de respect et de ravissement; il pensait admirer un prophète, un génie, Marat en personne.
— JeTaurais cru plus grand, dit-il seulement à Ledrôle»
Il fut question de déjeuner ensemble; Pailienlœil ouvrait de] grands yeux, avec la mine hébétée qui convient en de tels honneurs. Surtout il fut émerveillé de voir ce • grand homme, dévorant une gibelotte, tremper son pain dans la sauce, et lécher ses doigts comme un simple et sale mortel. Jamais il n'aurait cru qu'un si fort publiciste eût si bonne grâce dans un cabaret. Ce fut bien autre chose quand il le vit boire, sans aucun dégoût pour la litharge dont les vins étaient infectés. Mais tout à coup le grand homme se tournant vers lui : Tonnerre ! jeune homme, votre figure me revient.
Pailienlœil laissa percer un rire pudique, et dit tout bas à Ledrôle :
— 11 est gaillard.
—Je vous l'avais dit, lasimplicité môme. Vous le verrez, après boire, chanter des gueulées comme le premier venu. Il sait l'argot. S'il n'était tenu, par état, d'être un homme sérieux, vous en verriez bien d'autres. Il doit tout à ses talents, car il vendait jadis des contremarques.
Paillenlœil, un peu familiarisé, reporta ses yeux ravis sur Guillotin, qui lui dit :
— Ayez-vous lu Bentham ?
— Non, fit Paillenlœil.
— Tant pis! lisez-le; ne sortez pas de là. Quand vous Paurez compris, nous en causerons.
Puis se penchant à l'oreille de Ledrôle:
— A-t-il de la fortune?
— Bentham?
— Qui te parle de Bentham, animal? Ce jeune homme est-il riche?
Guillotin, apprenant que Paillenlœil était Punique héritier d'un si gros fermier, lui fit mille grâces, lui versait à boire le premier, et quand vint la carte à payer, la lui laissa payer fort galamment ; délicat procédé que Paillenlœil tint à grand honneur, ne se figurant pas qu'il fût donné à tout le monde de régaler Guillotin.
Jeune homme, lui dit ensuite le publiciste, je vous l'ai dit, votre p^iysionomie me plaît; je ne doute pas que vous ne teniez bien la plume ; je vous ferai mettre la main dans h Bien d^ Autrui ; yous y rendrez compte des mélodrames; mais lisez Bentham. Nous dînerons chez vous demain.
Paillenlœil demeurait tout étourdi de tant de condescendance. Guillotin alla jusqu'à lui prendre le bras amicalement pour rentrer chez lui, ayant besoin d'aide au sortir de table. Le long du chemin, Paillenlœil admirait comment les intérêts de la classe pauvre étaient momentanément obscurcis dans cette vaste tête par les fumées d'un vin frelaté.
Le lendemaia Ledr61e dit à PaiHenlœil que Guillotia ne viendrait pas au jour dit, pour cause de terribles affaire qu'il avait sur les bras. L'étudiant déplora de tout son cœur les accidents qui traversaient les desseins d'un homme si dévoué.
Les affaires étaient, en effet, terribles. Premièrement UH autre chef du parti, non moins dévoué que Guillotin, mais jaloux de ses talents, le supplantait dans la rédaction du Bien d' Autrui Secondement des malheureux, emprisonnés par suite des complots et menées de Guiilotin, commençaient de trouver mauvais qu'il fût si bien en son particulier avec les agents du pouvoir qui les tenait sous les verroux.
En troisième lieu Phonorable capitaliste qui fournissait les fonds du Bien d' Autrui s'avisa que Guiilotin mangeait son bieipi à lui, sans attirer un abonné. Il fit mine de fermer sa caisse.
Enfin, Guiilotin ayant poussé un libraire à publier un libelle abominable et anonyme, le livre fut saisi et le libraire jugé. L'infortuné marchand, pour se tirer d'affaire, faisait prier Guiilotin de se déclarer Tauteur da pamphlet^ que lui, libraire, n'avait pas lu. Mais Guiilotin jugeait plus à propos de se tenir à l'abri, tandis que l'éditeur ferait pour lui cii^ ans de prison ; les contre-teinps mis ensemble ne laissaient pas d'inquiéter le publiciste, qui jugea prudent de quitter Paris. Il arrive chez Pailllenlœilf la mine abattue, et commence les doléances dès le potage:
— Savez-vous, dit-il aux deux amis, d'où viennent tes
dédhiremeats du parti? Pourquoi tant d'égoïsme, tant de divisions? C'est que la plupart de nos amis ne sont pas d'un tflotiveffletlt assea arancé.
*^ Voilà le mal, dit Ledrôle.
—D'un mouvement assex aYancé?dit Pailleaia?il, qui n'efltendait pas un mot si fomilrer et qui craignait de le laisser voir.
— Oui, reprit Quillotio, on se dit du mouvement le plus avancé, et il se trouve qu'on est encore à cent mille pi- (Jtiôs du point convenable. Yous^ par exemple, Paillenlœil, (pli êtes dû mouvement, qu'euteildeE-vous par là?
Pailtenlœil, troublé, vit qu'il fallait dire quelque chose fie fort.
-^JPour le mouvement, je doute qu'il y en ait de plus avancés quermoi, et je vais tout aussi loin qu'il est posm^ d^aller.
-^Mals enfin, Paiilenlœil^ quelles réformes vous dicte cette opinion ?
^Quelles réformes! toutes réformes. Je veux que tout floit réformé de fil en aiguille, du sud au septentrion, de l'alpha à l'oméga; qu'il n'y ait plus ni rois, ni grands, ni riches, ni (x^mmissaires, ni caporaux, ni généraux, ni portiers; mêmes droits, mêmes biens, mêmes dignités ; (pie tout soit décimé^ fauché, rasé, nivelé, raboté, plat comme la fltôin. J'imagine qiie je dis bien*
Ledrôle consulta des yeux Guillotin sur cette déclaration, et, voyaut qu'il en souriait de pitié, il s'écria :
-^ Tu n'y es point, Paillenlœil. Voilà donc ce que tu nous doûties pour un mouvement avancé? Belles fadaises ! Tu
ne te mets point seulement en marche ; tu n'es qu'une tortue, une chenille, une huître, le plus rampant et le plus tardif de tous les êtres. Pour moi je me figure, en fait de mouvement, un train accéléré de chemin de fer, un ouragan, un tourbillon qui met tout pêle-mêle, et s'en va d'abord jusqu'au fond de tous les espaces imaginables. Je ne veux ni société, ni institutions, ni police, ni lois; car toute loi est un joug, prenez-y garde, c'està-dire la chose du monde la plus opposée à la liberté. Je veux la liberté entière, sans frein et sans limites. Point d'agriculture,point d'industrie ; point de travail. Tout travail est ime servitude. Vivre aux bois d'herbe et de chair crue, sans gêne et sans, culotte, libre et fier comme les loups et les lapins. Voilà, Paillenlœil, ce que j'appelle un mouvement avancé.
Paillenlœil baissa les yeux sous le regard triomphant de Ledrôle, et tous de;ix reportèrent la vue sur Guillotin, pour le consulter ; celui-ci haussa les épaules.
— Vous n'êtes l'un et l'autre que des enfants ; votre mouvement n'est qu'un premier pas : les peuples ne s'arrêtent jamais.
— Où vont-ils donc, dit Paillenlœil abattu.
— J'avouera pourtant; reprit Guillotin, que.Ledrôle s'est montré conséquent ; c'est quelque chose en ces matières; mais Ledrôle, mon ami, je te conjure d'y réfléchir. Ta liberté absolue n'est qu'une négation de la liberté même, puisqu'elle contient la liberté de se détruire. Si le peuple en pareil état veut se donner un maître, qui est-ce qui peut l'en empêcher? U est libre, en un mot, de n'être
pas libre. C'est une difficulté qui ne peut manquer de se présenter; car les plus forts ou les plus habiles, selon Pusage, opprimeront les plus faibles et leur feront croire qu'ils y consentent. Je m'occuperai de cette question. Peut-élre si l'on crevait les yeux à tous les citoyens, ou qu'on leur taillât les bras et les jambes à la même longueur, on serait plus près de l'égalité véritable. En somme, il n'est pas aisé, comme vous voyez de déterminefla mesure du mouvement le plus avancé; c'est la faute du mot qui ne signifle rien. Quoi qu'il en soit, j'ai résolu de tenter une application de mes théories. La république n'est pas possible en France dans le temps où nous vivons ; les esprits sont trop corrompus : il faut de la vertu pour une république.
— n faut de la vertu? dit Ledrôle étonné.
— Hélas ! oui, reprit Guillotin.
— Je ne [m'étonne plus de la difficulté ! Plût au ciel que tous nos frères fussent aussi vertueux que Paillenlœil, qui ne m'a jamais refusé un écu!
— C'est encore à lui, dit Guillotin, que nous aurons recours, c'est à lui que reviendra l'honneur d'avoir doté l'univers d'une démocratie véritable. Je le connais, il ne craindra point d'y employer sa fortune. Réalise tes capitaux, mon anii, et partons pour le Nouveau-Monde ; nous y trouverons quelque terre vierge, comme il nous la faut; des hommes primitifs , comme on nous en souhaite. Un petit pays suffira; il faut, disent les philosophes, qu'une république soit petite. Il en est d'une démocratie , révérence parler, comme d'une plaie; moins elle gagne mieux en vaut. Nous aurons là nos petites lois, nos pe-
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iites Yiiefif nos petits graads hommes. Tout ce qui ^t petit convient à la répnWiqae. Voyea Sparte, oq en a feit du bruit ; ce n'était qu'une poignée de goujats qui trioiikphaient à Yoler des mouchoirs. Dès que Rome s'agraaditî ce fut use oligarckie^ la tyrannie, ranarchk) tout ce qu'il vous plaira, excepté une république^ Je ne vous dis riea des États-Unis, oii le roi électif s'a^^eUe Préskteiilf Mais je vous recommande la république de Saint-Marin qui ne laisse pas de jouer un beau r61e. Il s'agit pouf nomj avant tout, de trouver un peuple vierge*
— Qu'entends^ ta par on peuple vierge ? interrompit Le^ dr61e* *
~ Oui, ditPaillenloeil, je crains que nous ne trouvicma pas de peuple vierge.
—J'entends des hommes sortant des maii^de la i^ture, des nations neuves qu'un législateur peut façonna coBame uuo cire molle; tels,, par exemple, que les Spartiates qui crevèrent un œil à Lycurgue, ou les Soraains qui d^- €èrent leur fondateur dans le Ghamp-dc^Mars, sauf à dire plus tard qu'ils le voyaient parmi les astres. Il nous faut, vous dis-je,des hogimes neufs, c'^l>à-dire ignorants, brutaux, sauvages^ et teimnt plus de la béte que de l'homme, s'il est possible; cela est indispensable à caose des principes qu'il convient de tour iM?oposer.
Pensez^vous qu'il soit si aisé de me croire, quand j'irai leur dire que tous les hommes sont égaux : le fort et le jEaible, le fou et le sage, le tortu et le droit; qu'un brave guerrier ne péfut se distinguer d'un lâche; qu^un €uiti« vateur laborieux doit partager son bien avec le: faiaéaot
et le veûle \ que le fils d'an magistrat illustre, d'an fameux général , n'est ni plus ni moins respectable que le fih d'un simoniaque ou d'un traître; quand je leurappren* drai qu'ils ne sauraient reconnaître un matli^ et qu'en Hiéaie temps je leur offrirai d'être le chef du gouternemeni? Je vous dois après moi les premières places de l'État. Gomment croire à notre désintéressement, s'ils ne sont les plus simples des hommes ? Mais, de plus, en dépit d€ ces règles qui donneitt le pouvoir à tous, le pourvoir est toujours unique et qu'il faut que quelqu'un l'eserce, et que ce quelqu'un sera moi quand je leur dirai qu'ils gourernent eux-mêmes, fttnt-il encore de bons badauds pour le croire. Tous yoyez'donc bien qu'il noiis faut des peuples neufs.
-^ C'est clair, dit Paillenlœil, les plus vieillis ne donnent plus là-dedans. 11 est vrai qu'on ne parle plus aujourd'hui ée jeune France, de jeune Italie, de jeàne Allemagne, etc. ; symptômes de décrépitude ! dit Guillotin. Qui est-ce qui peut vouloir se rajeunir ; si non lesvieux? Je crosi voir un octogêilaire poussif, replâtré de fard et de cheveux Mouds, qui se fait appeler le jeune Oscar. Vous ffgurezvous k Bas^^Empire travesti en jeune Rome ? Quand on est vieuX) m radotej on ne rajeunit pas; aussi voyez les belles vieilleries que nous rabâWïhe la jeune France et consorts, darbarisme ^tous sens, il nous faut donc un peuple neuf. ' ^ Je ne connais que ça, dit Paillenlœil tout résolu.
— Maisilnous faut aussi des fonds, et nots comptonssur toi, reprit Guillotin, qui le tutoyait en ^ bons moments^ e'cst-'à-^dirc quand il lui empruntait de l'argent.
—•Je réfléchirai, ditTétudiant; j'ai un père qui n'est pas plus républicain qu'il ne faut quand on lui veut tirer de l'argent.
— Us sont tous faits de même, poursuivit Guillotin, et, pour le dire en passant, c'est ce qui retarde le triomphe . de la démocratie dans nos sociétés, de quelquea semaines pour le moins. Mon ami, tu réfléchiras, s'il est pos* sible. .
Huit jours se passèrent qui ne furent pas trop de temps pour fixer la résolution de Paillenlœil. Guillotin d'un côté, Ledrôledel'autre, neménagèrentpas les exhortations, neregardant point à cette monnaie en échange des bons écus du fermier. Enfin l'étudiant put extorquer à son père une centaine de mille francs avec une malédiction en bonne forme; et l'on peut dire que l'une coûtât moins que l'autre au bonhomme.
Paillenloeil, sa fortune en poche, courut chez ses amis, dont l'accueil l'étonna; Guillotin lui trouva âe l'esprit dès qu'il eut dit bonjour. Ledrôle fit la remarque qu'il était bien coiffé et lui reconnut je ne sais quel bon air ce jour-là. Le publiciste, ennemi de la politesse par amour de l'égalité, lui cédait le pas aux portes, lui donnait le haut du pavé, et si l'étudiant venait à étemuer, lui disait: Dieu vous aide! quoiqu'il ne ciUlt pas en Dieu*
Ledrôle, si détaché des mollesses du monde, lui grattait des taches qu'il découvrait sur son collet, l'invitait à se couvrir, de peur des rhumes, et le garait dans la rue des gens qui l'auraient pu coudoyer.
Paillenlœil, désonnais, eut toujours raison et ouvrit le
meilleur avis. Guillotin, si \>j^i^^^si -absolu, 6«^^ngeaitàson opinioD, et, s'il en avSlîla£âi<S4Uàêfaé^ traires, les faisait plier aussitôt.
Paillenloeil, d*abord étonné de ses égards, s'y habitua Yite.
il est fort doux d'être admiré ; comme il est ais^ de croire qu'on est digne de l'être , il se laissa faire doucement, et cela précipita son dessein.
En cinq jours tout fut disposé. Les paquets de Ledrôle furent bientôt faits : il ne possédait au monde qu'une chemise que lut avait prêtée Paillenlœil. Guillotin emporta, de plus, un portefeuille plein de vieux articles qui pouvaient reparaître chez un peuple neuf.
Us prirent la diligence jusqu'au Havre. Les principes passaient dès lors de la théorie à la pratique. On mit les biens en commun. Paillenlœil fournit tout, ses amis rien; cela ne se pouvait autrement. L'égalité souffrit encore quelque atteinte dans les auberges. Les amis mangeaient beaucoup, Paillenlœil peu. Purs caprices de la nature qu'il faut bien laisser faire, et qui se plaît parfois à déranger le niveau théorique!
Par compensation, l'étudiant^ intendant et bailleur de fonds, eut charge de traiter avec les cochers et crocheteurs, déférence qu'il fallut acheter par quelques coups de pied qu'il reçut en débattant ies prix.
Sur le point de s'embarquer au Havre, il ne manquait plus à nos gens que de savoir où ils iraient, Guillotin proposait une île, quelle île? Ledrôle songeait» à part lui, à Vile d'Amour de la CourtiUe, les biens demeurant en corn-
iBuii; maià il n'osa montref le fond de sd pensée. GoiU totitt savait boire, jurer et iasulter les iionnétes gens, mais il ne savait pas la géographie* Paillenlœii fut obligé de eonsuLfer un capitaine nmrcband qui n'avait point étudié les cartes, mais le monde, ce qui vaut tout autant.
— Blonsteur, dit PaiUenloeii, nous eberebonsun peuple à civiliaer. «
-— Monsieur, vous avez bien de laboutét je vous en re-» mercie pour loi.
— On m'a dit que vous pourriez nous ouvrir des vues sur le but de notre voyage?
— A mon avis n'avezqu'à rest^id, où vous aures asses à faire. Vous nïgnorez pas qu'il y a deux sortes de barbarie, l'une qui précède les siècles civilisés, Faulre qui les suit Nous tombons à bride abattue dans la seconde.
Pûllenloeil, embarrassé, expliqua les d^irs de Guil-* lotin :
— Je vois ce qu'il vous faut, dit le marin, vousvoulez un peuple imbécile? Gela se trouve encore; allez chez les Papous, ce sont d'aij^ lourdes brutes qu'on puisse le dé« sirer. Ils aiment les étrangers puisqu'ils les mangent ; s'ils ne vous font pas cuire à première vue, vous verrez merveilles. Peuple neuf s'il en fut* Je ne connais au-dessous que l'builre.
— Mais, dit Paillenlœii, s'ils nous mangent?
— S'ils vous mangent, ils feront un mauvais repas et vovs serez vengés.
— Comment dites^vous, 1» ten»e de Pa... ?
— La teste des Papous, dans la mer des Iodes, à peu