‹ Contes sceptiques et philosophiquesChapitre 4 sur 12 · LE MARTYR DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LE MARTYR DE LA LIBERTÉ

Certainement s'il y eut jamais un martyr de la liberté, c'est celui-là. 11 a passé les deux tiers de sa vie en prison; il a été Mtonné par une foule d'esclaves qu'il a délivrés, e^ses biens ont enrichi trois ou quatre de ces hommes qui quêtent pour les peuples malheureux.

Dans ce temps-là, lecroissant menaçait la croix grecque; les juifs, les protestants, les athées et les déistes se prirent d'ungraud amour pour cette croix. Il partit pour la Grèce.

Il y avait une bourgade de ce pays, dont la population, pleine de bon vouloir, mais sans chef et sans ressources, gémissait particulièrement sous la dure loi des persécuteurs ; il fut délégué pour s'aller mettre à la tête de cette bourgade et lui communiquer les bienfaits de la tactique curo|)éenne.

Il fut reçu à bra^ ouverts. On s'attroupa autour de • son

brillant uniforme : l'un lui arracha ses épaulettes ; Pautre son hausse-col; un troisième sa montre. On le dépouilla de la tête aux pieds. Ces gens-là ne parlaient pas le français : il crut que c'était un malentendu, il essaya de s'expliquer. On Fétourdit de quelques coups de crosse de fusil, et on le laissa tout nu sur le chemin.

Un homme graiFe et d'un âge mûr, qui passait, eut l'air de le plaindre. Philogène (c'est le nom du martyr) lui fit entendre ses infortunes. L'homme grave blâma sévèrement ses compatriotes. Philogène s'abandonna à son indignation, et versa ses chagrins dan s son sein; mais l'homme grave devenait de plus en plus compatissant, et finit par lui tenir des propos dont la délicatesse s'effarouchait. Philogène prit sa cource par monts et par vaux jusqu'au P<m4, et revint en France.

— Quels chrétiens ! s'éeridt*il ; ceries ce né sont paslônt à fait des chrétiens ^smnme mms^ ainà qu^ disait. Entre Gk^€t Turc il ne faut pas mettre le doigt ,

A quelque temps de là, une révolte éclata ea Pologne. Philogèoe pensa qoe ce pouvaii ^re d'bonnètes g&ûs qui> les premiers, étaient deseeadoB «or la place pour escarmoucher à tort et à travers au milieo de lears villes, te honnêtes gens furent battus, la pl^i^urt pendus ; les antres, chassés de leur pays, reiuèpent vwi le midi de TEarope.

Philogène fut des premiers à fêter ces éSme vén^^btes : il -offrit sa maison à l'un de c^ héros nMilteureux, qai 5*ai^a)t Petrouéki.— Bme Dkust s'écria-t^i en ieff^t les yeux au ciel ; et, pleurant de tendresse, il embrasa' me ta bmdt^^ sëcm la ctmtosie de son pai^ Ptitfc^ne

LS MAJ(TYa DE LA LI0EATÉ Ij^

ettoniesa flmiaoïi, y cooipiis sa femme et«aâila,qui cornet il peine qmnze ans.

Il coatiotta 9mBi de les salu^ chaque matio, quoi qu^oa p4t faii dtfe, réf^quaat qull savait trop les devoirs que lai iffl^osait la reconaalssanoe. Tout allait dooc pour le fflieax, ^ oe n'est que Pfaik^ëne s'aperçut, au surcroit d'eCâiôoQ de i'étrasiger à la lia des repas, qu'il aimait extraoïdiftaîf^aoïfêBl l'eau-de-yie. Eu effet, il s'eaUammait alors à Tite d'oeii, il rookit des yeux £ariboDds, et cassait son verre à la moindre contradictioii, en s'écriant aaMomiseiDeat : B(m» Diemf de façon à faire trembler les ctmvtves.

Un soir, à sou^er^ eomnie il entamait use s^ème bouteille, Phibgène Tav^Lt <p'il pourrait s'incommodei*, etk liit retira. P^rottdLi ler^arda,comfl^ stupé&it d'un td iKBtfla^'à i'èo^^té, puis il le su^tia d'uae rmx tûidre et mouiaûta Pàilo^^^ tint ferme. Bom Bùmsf dit Petrou^ en lui fendutl le crâne d'aiw autre bouteille ; et,âe jetant sur loi, il l'eÉt étranglé, pour ^m qu'on l'eût basse Mre. Les gens du Nord s(»it plus vifs qu'ils ne te paraissent.

(^»Bd on M irvenu de ce trouble, le Pi^UHiais a^ait (ftàt^ k makon^ûi retrouva sa cbamfai« ?ide, a^aaiae il Faraitf nse; il n'aral emp^itié- que tes draps du lit «t quelques pâèees d'sffgenterse.

Comme il entrait en convalescence^ Phiiogène renoHl^a, dausD jaolla psbljc, ^nbei kxiweitfmQ, testia^ hB& fif et iKflah dans un é^sspage loat rateé i €ei hoimne Tintêres^.

•—Monsieur, lui dit celui-ci, je suis Espagnol; mes compatriotes sont des sortes de hrutes qui croupissent encore dans la plus profonde ignorance; ils ne savent, depuis tantôt treize cents ans, que plier le dos sous le joug des rois et des moines. J*avais ouvert un des premiers les yeux à la lumière, et pour leur avoir voulu prouver, les armes à la main, combien ils étaient malheureux, ils m'ont chassé. de mon pays, dans Tétat que vous voyez.

— Quoi, un Espagnol constitutionnel ! vous n'êtes donc plus catholique?

— Pas si bête, dit le èastillan ; j'ai lu Voltaire complet.

— Brave homme ! reprit Phiiogène, venez chez moi; je ne permettrai pas qu'un étranger si éclairé souffre plus longtemps pour une si bonne cause.

L'EspagQol répliqua que ses diverses connaissances lui permettraient de reconnaître ce service. Tout compte fait, il se trouva que ce qu'il savait encore le mieux, c'était de racler quelques vieux airs andalous sur la guitare : il proposa de les enseigner à la fille de la maison ; Philogène accepta avec gratitude, s'applaudissant de voir cette fois ses bienfaits si biea placés.

Mais comme il passait, un jour, en rêvant, derrière un berceau du jardin, il vit par hasard le professeur qui donnait à cette, heure sa leçon de guimbarde à la jeune fille. Sa façon de démontrer ne plut pas à Philogène : il se fâcha.

— Vous n'êtes donc pas philosophe, lui dit le Castillan.

— Pas si bête, dit Philogène; et, ramassant un râteau, 41 reconduisit très- vile le musicien à la porte.

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