CONCLUSION
li'Asgaitt,
Olivier avait été si frappé de cet événement inattendu, qu'en sortant du fort ses idées se confondaient, et qu'il éprouvait les sentiments les plus contradictoires. Il fut longtemps sans entendre l'officier qui l'accompagnait, et qui l'interrogeait sur le résultat de sa conférence. De temps en temps il riait à haute voix en songeant à cette incroyable aventure, et au même instant il fondait en larmes. Ses deux compagnons crurent enfin que le brave major avait perdu l'esprit, ou qu'Àpti pacha l'avait enivré d'opium.
Lorsqu'ils approchèrent des avant-postes impériaux, le major se remit un peu , essuya ses yeux humides de larmes, et dit à l'officier quf l'accompagnait, «n lui serrant la main : — Pardonnez-moi ma conduite. Je n'ai pu me défendre de mes émotions; mais elles étaient bien légitimes. Pensez-vous que dans Apti pacha j'ai retrouvé le plus ancien et le plus cher des amis de mon enfance?
11 raconta en peu de mots sa conversation avec le pacha, et ajouta : — Venez ce soir dans ma tente, je vous conterai toute l'histoire de mon amitié avec Cugny. Il faut que je la confie à quelqu'un, ou mon cœur comprimé se brisera de joie et de douleur !
DE BCM. 505
A son arrivée le major se rendit au quartier général, et communiqua aux princes et aux généraux assemblés le résultat de sa mission. IL ne leur cacha pas que le pacha qui repoussait leurs propositions avec tant de hauteur était son compatriote et l'ami de son enfance, qu'on avait cru tué a Saint-Golbard. Il parla de lui avec la plus vive émotion et l'admiration la plus profonde.
Les princes écoutèrent le récit du major avec uu sourire de surprise, trouvèrent l'histoire fort romanesque, dirent un mot piquant, et ne songèrent qu'à ce qui pouvait leur être avantageux dans l'histoire du pacha de Bude. Quelques officiers qui n'étaient pas fort portés pour Olivier trouvèrent les louanges qu'il avait faites du pacha très inconvenantes, et laissèrent même a penser qu'il pouvait bien, dans sa mission, avoir rendu de mauvais services à l'armée impériale. Olivier apprit cette circonstance du capitaine qui l'avait accompagné a Bude, et qu'il avait invité à venir le soir dans sa tente. Il se rendit aussitôt auprès du prince de Bade, et demanda que, pour le justifier, on le fît monter le lendemain l'un des premiers a l'assaut.
Dès le lever du jour suivant la place fut attaquée de tous les côtés. C'était le second jour de septembre de l'année 4j686. Rarement, dans cette guerre, on avait commencé une attaque dans un aussi bel ordre ; rarement le mépris de la mort et la fureur des combattants s'étaient montrés à un tel point. Dans cette mémorable journée on déploya des deux parts toutes les ressources qu'offraient le courage et le talent de la guerre.
Apti pacha commandait en personne au lieu le plus