‹ Contes suissesChapitre 108 sur 159 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

lia Fève»

La dernière de mes craintes se réalisa : mademoiselle de Tarnau avait disparu. L'hôtellerie avait passé dans les mains d'un nouveau maître, et personne ne pouvait répondre a mes questions. Toutes mes connaissances ignoraient le lieu où se trouvait Joséphine. A ma demande, on écrivit a Augshourg , d'où elle avait apporté des lettres de crédit; mais le correspondant d'Augsbourg était mort depuis ce temps, et ses héritiers ne pouvaient me donner aucun renseignement sur mademoiselle de Tarnau.

Le désespoir s'empara de moi. J'étais surtout irrité contre moi-même; car c'était uniquement pour avoir négligé pendant mon premier séjour à Vieùue de lui demander où résidait sa famille, que je perdais tout l'espoir de ma vie.

Mais ce qui augmentait surtout ma douleur, ce qui nourrissait sans cesse ma passion, c'était le lieu où je me trouvais. J'habitais l'appartement que Joséphine avait habité. J'y avais retrouvé les mêmes meubles, le fauteuil où je l'avais vue si souvent assise, la table sur laquelle elle écrivait. Le passé se ranimait autour de moi si vivement, que je me levais quelquefois avee effroi do ma

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chaise, lorsque j'entendais un léger bruit dans la chambre voisine, et je m'attendais a la voir entrer avec sa tante.

Je visitai exactement toui les, (soins de sa chambre, car j'espérais toujours trouver quelques traces d'elle. Vingt fois j'examinai les murs depuis le plafond jusqu'au parquet, pour découvrir parmi les noms qu'avaient inscrits les voyageurs quelque nom qui rappelât le sien. Tout fut inutile 1

Cependant , en faretant partout , Je trouvai dans un petit tiroir de s* table, — < votif alto rire encore dé ma folie! — je trouvai ai» beHe ftye d'un brun éclatant, Ott sait quel symbole était pour moi eet Objet ; et le trouvée dans la chambré de Joèéphtae ! — Je ramassai la fève avec soin, et lorsque j'eus perdu l'espoir de retrouver ma biet»aimée, je pris ma feve) je le portai chez un bijoutier, qui l'enchâssa dans un étui d'or> et je la gardai sans cesse I mon cou, suspendue h un cordon de soie, en souvenir de celle qui remplissait mon cœur.

C'est ainsi que je quittai Tienne, malheureux et désolé. Je jurai de ne jamais me marier, comme on jure de s'abstenir de ce qu'on désire le plus lorsqu'on ne peut lobteûir.

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