CHAPITRE VII
lie» Fève».
Ainsi parla l'officier; mais je n'entendais plus rien. Un murmure confus, semblable au bruit des flots, retentissait à mes oreilles, et les objets tournaient autour de moi.
Cependant j'entendis annoncer au colonel que sa voiture l'attendait.
— Je ne vous laisserai pas partir cette nuit, lui dit le ctmseiller.
— Bah! répondit le colonel, la nuit est charmante, et le clair de lune me guidera.
On m'annonça à mon tour l'arrivée de ma voiture. Je me levai, m'approchai de l'officier, et lui prenant la main , je lui dis : — Vous vous nommez de Tarnau ?
Il s'inclina en répondant affirmativement.
— Je vous prie en grâce de passer la nuit chez moi , repris-je ; il m'importe beaucoup de causer avec vous. Je lui dis ces paroles d'un ton si grave et dans une telle agitation, que le vieil officier ne sut que penser de moi. Il insista toutefois pour partir; son opiniâtreté me mettait hors de moi.
— Venez, dis-je en le prenant par la main et le tirant à part. Puis, découvrant.ma poitrine, je tirai la fève que je portais, et que je lui montrai en disant : Voyez, ce
n'est pas un jeu de la nature, c'est un coup du destin, et moi aussi je porte la fève !
Le vieillard ouvrit de grands yeux, examina mon bijou, et me dit enfin en branlant la tête : — Avec un tel talisman on pourrait rappeler encore mon esprit après ma mort. J'irai avec vous où vous voudrez.
Il alla prendre congé du conseiller; et comme mon agitation lui semblait peu naturelle, il s'informa de moi. Son ami lui parla sans doute de ma personne avec avantage, car il revint auprès de moi d'un air le plus bienveillant. Il remplit un Yerre, et me le présenta en s'écriant : Vivent les fèves! nota benè, et ce qu'elles signifient.
— Ainsi vous vous nommez M. de Walter? me dit-il quelques moments après.
— Walter tout court.
— Et vous étiez il y a un an à Vienne?
— J'y étais, lui répondis-je embarrassé de ses questions.
— Ah! ah! dit-il, ma belle-sœur m'a beaucoup parlé de vous. Vous demeuriez dans le même hôtel, et vous avez eu beaucoup d'attention pour la bonne dame. Elle se fera un plaisir de vous remercier.
La conversation redevint alors générale jusqu'au moment du départ. Dès que nous fûmes arrivés dans ma maison, je le conduisis dans l'appartement que je lui destinais.
— Eh bien! me dit-il, je vous ai obéi en tout point; qu'avez-vous d'important à me dire?
Je lui fis le récit de mon séjour à Vienne ; je lui parlai de sa belle-sœur, de Joséphine.
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— Je sais tout cela 1 s'écria-t-il ; mais que diable cela a-t-il de commun avec la fève que vous m'avez montrée?
Je lui fis alors ma confession générale*
— Mais la fève ! la fève ! me disait-il à chaque moment avec impatience. Lorsque j'en vins à mon voyage de Vienne,, il se mit à rire au* éclats et me pressa dans ses bras. — C'est assez pour aujourd'hui, dit- il; demain nous en reparlerons. Vous comprenez que je n'ai rien à dire la-dessus. Demain nous nous rendrons au château ; vous verrez Joséphine; vous apprendrez à connaître ma Sophie, et nous verrons.
Il alla se coucher, et moi je ne pus dormir, une fièvre brûlante me dévorait.
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