CHAPITRE PREMIER
I*a Ctoconapection*
Le conseiller d'Etat Stryk, mort récemment, avait coutume de dire presque h chaque occasion ces deux mots, devenus une sorte de proverbe dans sa bouche : C'est possible! — Souvent même il arrivait qu'il le prononçât dans les rapports qu'il avait à faire au ministre en plein conseil. On voyait alors un sourire se placer sur la bouche de tous ses collègues, comme lorsqu'on a pitié de la faiblesse de son voisin.
Cependant le conseiller d'Etat Stryk était un homme estimable et honoré. Les différents gouverneurs du pays l'apprécièrent tour a tour, et l'employèrent toujours, parce que ses connaissances variées et ses talents en affaires le rendaient capable de leur rendre de grands services. Chacun convenait qu'il était un homme instruit, un homme de tact; on le croyait même plus fin et plus instruit qu'il ne Tétait : on le redoutait même comme un habile; et cependant M. Stryk était droit, ouvert, consciencieux , et jamais on ne lui avait attribué la moindre action nuisible. Mais sa finesse était généralement
544 c'est possible!
reconnue; et cette croyance allait si loin, qu'on le regardait comme un profond politique, comme un véritable prophète. Et toute cette réputation, il la devait a ces seuls mots : c'est possible !
Nous avons recueilli quelques notions sur cet homme remarquable dans l'histoire de son pays; il ne sera pas indifférent de les connaître. Nous les devons a un de ses parents, qui les puisa dans un journal que le conseiller tenait régulièrement depuis sa jeunesse. Ce qu'on y trouva de plus important, c'est toujours cette phrase, qu'il reproduisait partout : c'est possible 1
c'est possible! 343