‹ Contes suissesChapitre 121 sur 159 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

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De semblables entretiens avaient souvent lieu entre ces deux personnages; et cependant Frock n'abandonnait pas la maison du conseiller, car la tendresse la plus vive l'attachait a ses élèves. Souvent, en revenant de l'appartement de leur père, il les pressait, les larmes eux yeux, contre son cœur, et il oubliait alors but ce qui s'était passé.

D'ailleurs FVoek, en quittant le conseiller, n'aurait trouvé aucune ressource; et M. de Schwarz le savait sans doute très pertinemment. Frock était arrive chez lui dans un fort mince équipage, et le conseiller, qui avait alors besoin d'un précepteur pour ses enfants, l'avait accueilli sous son toit, sans lui parler de récompense ni d'honoraires. Ce que le conseiller lui donnait quelquefois suffisait à peine à son entrelien, et ces libéralités de M. de Schwarz n'avaient lieu qu'a titre de présents. Ainsi le pauvre Frock dépendait entièrement de son maître.

Jonathan vivait donc fort retiré et d'une façon modeste. Jamais il ne se montrait plus joyeux, plus cordial, plus ouvert qu'auprès de ses petits amis; partout autre part il était timide et réservé. Seulement, lorsque quelqu'un lui témoignait quelque confiance, sa vivacité et sa

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ffôfichlse & fatftmâtetil , ses regards brillaient d'un feu JMpiitf» et uns ééf taftie éipressioft de bonté se répandait dans toute sa personne; mais tout cela s'éteignait et disparaissait aussi rapidement, dès f}ii'on lai laissait soupçonner qiill était étranger a ceux qui Se trouvaient avec tuf j OU qttll s'abandonnait trop facilement à ses éparidiêmerits. DàdS ta maison du conseiller Un air de défiance lui était deveùu naturel. Madame dé Schwarz lui montrait aussi peu de bienveillance que sou inàri. C'était fldê fënimë orgueilleuse qui évitait tout contact avec Sa domesticité, dans laquelle elle comptait le précepteur de éês enfants.

Frock n'était pas au reste Un hôtrifiie de mauvaise apparence. 11 n'avait pas de beauté; mais sa taille était bien prise, et son visage ouvert et agréable, bien que pâle, et qu'une noire chevelure frisée faisait paraître plus blême encore, manquait rarement de plaire. Sa main blanche et potelée eût excité la jalousie de plus d'une fille, et sa voix douce et pleine d'expression rendait avec grâce ses pensées, qu'il appuyait de gestes animés lorsqu'il parlait avec quelque chaleur. 11 pouvait avoir environ vingt-huit ans. Ses vêtements propres et simples annonçaient la rigidité de son caractère , et il respirait dans tous ses discours un sentiment religieux. Cependant il entrait rarement dans une église, ou peut-être n'y allait-il jamais. Souvent, lorsqu'il paraissait tout joyeux, lorsque ses yeux étaient pleins de sérénité,. et qu'il semblait entièrement abandonné au plaisir, il gardait tout a coup le silence, et l'on remarquait qu-'il se passait en lui quelque chose de funeste. D'autres fois, dans les entretiens les plus simples,

il se montrait tout k coup embarrassé, et rougissait sans motif. M. de Schwarz, de son coup d'oeil de juge criminel, attribuait de semblables impressions aux causes les plus fâcheuses. Souvent même il avait pris des renseignements sur son compte; mais il n'avait rien appris, sinon que Frock était né en Alsace de pauvres parents ; qu'il avait servi quelque temps comme soldat sous les drapeaux de la France; qu'il avait été avec les Français en Suisse, en Italie et en Egypte; qu'il avait été blessé au genou par une balle, et que, las du métier de la guerre, il s'était retiré sans doute sans congé*

Au reste, comme Frock se conduisait d'une façon exemplaire, le conseiller en resta là de ses recherches; il le regardait du reste pour un homme trop insignifiant pour s'occuper de lui.

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