CHAPITRE XIII
Nathan le Sage.
Celle explication avait rétabli l'ancienne intimité entre Burkhardt et Delphine. Elle se plaisait même a le dédommager de Tinjustice^qu'elle lui avait fait involontairement subir. Mais le conseiller avait k cœur la petite scène qu'elle lui avait faite, et il lui dit un jour : Vous avez accepté les présents de Frock; vous les eussiez repoussés, s'ils fussent venus de moi. J'ose a peine vous offrir quelque chose, de crainte de vous offenser.
— Vous avez tort, monsieur le conseiller; je vous estime autant que le bon Frock. Offrez-moi quelque chose, vous verrez que je ne le refuserai pas ; mais il ne faut pas que ce soit une chose trop précieuse : par exemple , donnez-moi cette hyacinthe que vous portez a votre boutonnière.
— Ne puis-je rien vous offrir de mieux, mademoiselle?
— Pourvu que ce ne soit pas trop !
Il s'inclina vers elle, et lui dit à voix basse : Je vous offre ma personne et tout ce que je possède.
Delphine se recula en rougissant, et dit : Monsieur le conseiller, c'est trop !
11 parla plus ouvertement, d'une façon plus pressante.
Le major arriva comme à point, et parla pour lui. Delphine, pressée vivement, répondit : a Monsieur le conseiller, je me trouve honorée de votre amitié , mais je vous prie de vous en tenir a ce seul sentiment; toute autre pensée troublerait notre satisfaction. Agissons comme si vous ne m'aviez jamais parlé d'autre chose. »
Delphine pouvait facilement agir ainsi, mais non pas le triste conseiller. 11 cessa de venir dans cette maison , où il venait de perdre ses plus douces espérances. Trois mois après on apprit qu'il s'était marié. Le major dit, en jetant un regard mécontent sur Delphine : « Le pauvre garçon , c'est par désespoir I
Bien que Frock restât le seul ami de la maison , il ne vint pas plus fréquemment qu'autrefois, et ses manières ne changèrent nullement. Avec Lénore seule il se montrait plus familier; mais aussi Lénore s'abandonnait k son amitié pour lui avec toute la pétulance et la tendresse d'un enfant de douze ans. Il élevait des fleurs pour elle; il lui ménageait des petites surprises; et elle, de son côté, elle l'attendait avec impatience, lorsqu'il tardait un quart d'heure. Les jours où il venait étaient pour elle des jours de fête.
— Voyez-vous, mon bon Frock, lui dit-elle une fois, vous êtes bien bon ; mais Delphine dit que vous n'êtes pas heureux. Dites-moi donc ce qui vous manque?
— Je suis plus heureux que je ne mérite de l'être !
— Cela est-il bien vrai?
— Sans doute, mademoiselle.
— Regardez-moi bien dans les yeux , M. Frock ! — Àhl voila pourtant quelque chose de chagrin ! Eh bien I vous