CHAPITRE XV
lie Mystère*
— Finissons tous ces enfantillages I dit le major en entrant le lendemain dans la chambre de Frock, après l'avoir vainement attendu toute la matinée. Il le trouva défait et accablé.
— Quelle heure est-il? demanda vivement Jonathan en voyant le major.
— Trois heures passées, dit le major. 11 faut que tu aies perdu la tête. Camarade, parle-moi franchement; dismoi ce qui te harcèle. Je serai discret comme un mort , mais parle! Pourquoi n'es-tu pas comme tout le monde? Pourquoi as-tu refusé les offres du prince de Chose, qui voulait te donner un bel emploi dans son pays? Pourquoi as-tu refusé la place d'archiviste que t'offrait Buckhardt? Pourquoi nous aimes-tu, et te montres-tu si froid et comme un étranger avec nous? Pourquoi te refuses-tu a tous les plaisirs de l'amitié, toi qui sais si bien te faire des amis? EnÛn, pourquoi fuis-tu des braves gens qui te cherchent, et qui donneraient leur vie pour toi? Pourquoi es-tu changeant comme le soleil d'avril qui se couvre de nuages au moment où il brille le plus? — Ne cherche pas à m'éviter! Vois -tu, Jonathan, les choses
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iront mal entre toi et moi , si ta ne parles pas. Pourquoi ne veux-tu ni aller dans nos terres, ni rester avec nous? Nous avons besoin de toi ; nous te supplions de rester avec nous. Toi si bon, comme*! peux-tu te montrer si impitoyable 1 Frock baissa la tête, et ne répondit rien.
— Jonathan, parle 1 nous sommes seuls. As-tu commis un crime? Parle, car je jurerais que tu Tas commis involontairement et que tu en as bien fait pénitence. Tu ne perdras rien de mon amitié. Et quand tu aurais iué ton père et ta mère, je crois que je te le pardonnerais.
— Je ne suis pas un criminel 1 dit Frock en relevant fièrement la tête.
— Eh bien, que le diable t'emporte! tu es un fou! Ne peux-tu pas me découvrir ce mystère?
— En deux mots, monsieur le major, si je le voulais. J'ai résolu que vous le connaîtriez.
— Quand?
— Aujourd'hui mgjne, avant mon départ.
— Et quand je saurai tes deux mots, je te répondrai : Jonathan, ce sont des folies.
— Yous ne |e ferez pas.
— Par tous les diables, je le ferai ! Et si je mets fin a toutes tes inquiétudes?
— - Vous ne le pourrez pas.
— Mais je te dis... écoute, ne me mets pas en colère t — je te dis que je veux le pouvoir. Et si je le puis, tu resteras avec nous ?
— Oui !
t— Oui ! — Donne-moi (a main !
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Frock lui donna sa main. Le major le serra dans ses bras comme si tout eut élé arrangé.
— Ainsi songe a tenir parole ! Aujourd'hui même tu me diras le fatal secret qui te tourmente?
— Ce soir, avant de monter en voiture, monsieur le major; mais ne croyez pas que nous nous séparions plus tristement. Laissez-nous nous étourdir et oublier ce soir nos chagrins. N'est-ce pas en m'étourdissant sur moifciéme que j'ai trouvé d'heureut jours auprès de vous?
— Nous nous séparerons plus joyeusement que tu ne penses! «lit le major; et il sortit.