CHAPITRE XVII. W
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Au moment où Frock parlait ainsi, le major entra avec |w Lénore. Delphine court a eux, et leur dit en les embras- s: sant : Tout est Gni! tout est réparé!
— Dieu soit loué ! dit le major en secouant cordialement la main de son ami.
Lénore sautait de joie ; elle s'approcha de Frock : Vous voila donc réconciliés 1 Delphine a été bien singulière avec vous; mais elle vous aime, je sais qu'elle tous aime. Oh ! je suis heureuse !
On se mit a table. La joie régna durant le repas; quelquefois seulement Frock retombait dans ses rêveries et son air sombre; mais chaque fois Lénore, levant le doigt d'un air de menace, lui disait en riant : Déjà, encore! Alors il passait sa main sur ses yeux , en répondant : Vous avez raison; il faut tout oublier. Le malheur viendra assez tôt !
Lorsque le simple repas fut achevé, le major regarda sa montre. Frock remarqua ce mouvement, parut saisi d'effroi, et reprit son air morne. Delphine secoua la tête, mit doucement sa main sur la sienne, et lui dit : Toujours le même !
Cette sensation rappela le sang dans ses veines, il se "ranima : Je pensais au départ, dit-il.
— Le départ! ne pourrait-il se retarder de quelques semaines? répondit Delphine.
— Oui, oui, de quelques semaines ! s'écria Lénore en battant des mains.
— Mes enfants, dit le major, Jonathan n'a plus de logement dans la ville. Il a fait ses bagages; laissez-le partir. 11 sera aussi bien dans une chaise de poste que dans ane auberge. Maintenant qu'il nous reviendra, je le vois >ans peine se mettre en route. Dans quelques semaines il sera ici , et nous mènera dans la terre promise !
Ces paroles ramenèrent tous les anciens projets des j eu nés filles. Le major parla avec ravissement de ses vieux jours qu'il allait passer au sein du bonheur. H ne vivait que pour ses filles, et jusque-là il avait eu sans cesse des inquiétudes pour elles.
— Je puis maintenant fermer les yeux, dit-il; elles n'auront pas du moins k lutter avec le besoin. Mais une chose me manque encore, et je ne vous quitterai pas, mes enfants, avant d'y avoir pourvu. Il me faut deux gendres qui me plaisent, deux bons et honnêtes garçons.
— • Ne soyez pas inquiet de moi, mon petit père, dit Lénore en riant. Mais pour Delphine, je sais bien ce qu'il lui faut. Faites de Jonathan votre fils; je serai bien contente de le nommer mon frère !
— En vérité, Lénore, dit Delphine troublée, je crois que la perds la raison 1
— Jonathan 1 Jonathan! s'écria le major, viens ici, approche! Je remarque quelque chose.
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Frock se leva, et s'avança vers le major. — Sois franc, ^j Jonathan, lui dit celui-ci; sois plus franc que tu n'asetéLine jusqu'ici avec moi : tu aimes Delphine? — Frock prit la La. main du major, et la pressa en silence contre son cœur. loes Delphine, dans le plus aimable désordre, jetait ses re- , pr gards de côté et d'autre, et se disposait à s'enfuir. \
— Halle, jeune fille! reste ici, dit le major; il faut i ^ que tout s'éclaircisse ; alors tu sauras où tu en es. le n'aime pas ce qui traîne et ne se décide pas. Et toi, Jonathan, ouvre la bouche et parle. Maudite soit cette timidité qui a manqué de nous séparer 1 Tu aimes Del- i phine ! n'est-ce pas la ce malheur qui te chassait loin de ! ■ nous ? ! c
— * C'est mon malheur 1 dit Frock les yeux baissés. Je | , l'aime. Pou vais -je faire autrement? C'est là mon tour- 1 1 ment !
— Que le diable l'emporte, Jonathan! parle enfin un autre langage! Tu as cru, parce que tu es pauvre, que je ne te la donnerais pas? Tu as cru, parce que tu es roturier, que tu ne devais pas élever tes regards jusqu'à mademoiselle de Tulpen? Ai-je donc agi aussi noblement que tu l'as fait avec moi? Tu as cru que je te méprisais I Vous vous êtes trompé, jeune homme. Ce matin j'ai appris avec joie qu'on t'aimait ici. Je t'ai mis a portée ce matin de t'expliquer et de me k demander. Je ne pouvais pas aller t'offrir mon enfant! — Ëhl dis-moi, est-ce doue là encore un malheur ?
Frock baissait toujours les yeux d'un air sombre. On entendit le bruit d'une voiture qui s'arrêtait à la porte.
— Us peuvent attendre la dehors! s'écria le major se
levant et prenant la main de Jonathan et celle de Del* phiue. H faut que tout soit arrangé avant que tu partes; Dieu vous bénira» Prends-la, Jonathan; elle est ta fiancée; ta es mon fils.
Frock se recula comme frappé d'épouvante.
— Quoi 1 s'écria le major, que signifie cela ? Delphine regarda Frock avec stupeur.
— Ne l'aimes-tu pas? demanda le major avec violence.
— Je ne puis! répondit Frock.
— Tu ne peux, quand je te l'accorde!
— Vous ne pouvez, vous ne devez pas m'accorder Delphine ; Delphine ne peut m'aimer. — Je ne suis pas un criminel, mais — je suis.... A ces mots Frock tira un papier cacheté de sa poche, et le jeta sur la table. Delphine devint d'une pâleur mortelle. Lénore poussait des cris d'effroi, sans comprendre ce qui se passait.
— Silence donc! s'écria le major; le diable s'est donc déchaîné! Jonathau, pourquoi refuses-tu de devenir mon fils?
— M. le major, dit Frock devenu tout à coup ferme et rassuré, j'adore Delphine ; jamais je n'ai aimé qu'elle. Ce n'est pas ma faute si je ne puis jouir du bonheur que me réservait votre générosité; ce n'est pas non plus celle du sort.
— Au diable les préambules! s'écria le major. A qui donc la faute?
— A vos préjugés, monsieur la major!
— Comment diable! a mes préjugés?
— - Je ne suis pas chrétien.
— Jésus Maria ! s'écria Lénore.
— Je suis né dans une religion étrangère; je sois, eil deux mots, un juif.
— Un juif 1 répéta le major confondu , en laissant retomber ses bras. Lénore s'élança, en poussant un cri, yers Delphine, qui venait de tomber sans mouvement.
— Lisez ce papier! s'écria Frock. Adieu, ô mes anus! adieu , ô mon bonheur !
Il prit son manteau et son chapeau, et s'élança hors de la maison. Un instant après on entendit retentir le cor du postillon, et la voiture partit comme un trait.
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