‹ Contes suissesChapitre 139 sur 159 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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Lfe jeune docteur Falk regardait tendrement la jeune Suzette, et Suzette regardait le docteur, comme cela se pratique depuis longues années entre jeunes gens. Le docteur était un homme bien élevé; il avait étudié dans deux universités, dans les hôpitaux de Vienne, de Milan et de Pavie, et tant appris, qu'il était aussi bien en état que quiconque de la faculté de tuer ses malades selon les principes du nouveau système médical. Mais une telle habileté coûte cher à acquérir. Le docteur y avait employé presque tout son patrimoine ; aussi songeait-il a épouser une riche dot qui lui payât tous les frais de son doctorat.

Mais la tête propose et le cœur dispose. La jolie Suzette avait la plus belle vocation pour devenir la femme d'un docteur; seulement l'argent lui manquait.

— Cela se trouvera , ma chère Suzette ! lui disait le docteur en la serrant d'un de ses bras. Vois-tu, il faut qu'un médecin se marie, sinon personne n'a confiance en lui. Tu m'apporteras donc du crédit, le crédit m'apportera des malades, et les malades de l'argent, D'ailleurs

Mlle Sara Waldborn est ta tante. Elle a déjà passé la quarantaine, et elle est assez riche pour que le quart de sa fortune assure la nôtre. Il faut bien risquer quelque chose.

Que ne risquerait pas une jeune fille pour un jeune homme qu'elle aime? La mère de Suzette n'eut rien a opposer à ce mariage, et son père encore moins, car ils étaient morts tous les deux depuis longtemps. Pour le tuteur, il se réjouit fort de «e voir débarrassé de sa pupille. La tante Sara se réjouit également; Suzette lui coûtait toujours quelque chose, et MHe Sara Waldborn était fort avare, ou, comme elle avait coutume de le dire, elle n'avait rien de trop.

C'est assez. Suzette devint madame Falk, et le docteur attendit patiemment que le nombre de ses malades s'augmentât; mais il attendait vainement. Pendant ce temps sa famille s'augmentait d'autant plus; tous les ans il lui arrivait un garçon ou une fille, et Suzette ne se lassait pas d'ajouter a la considération que lui valait l'honneur de la paternité. Quelquefois le docteur se grattait l'oreille d'un air de réflexion; mais ses enfants étaient si jolis 1 Us étaient déjà au nombre de quatre qui prospéraient singulièrement. Leur gentillesse ne contribuait pas peu à égayer le ménage, et chacun disait que le docteur Falk était le plus heureux des époux.

Il y avait cependant pour lui de tristes moments, surtout quand la semaine se passait sans qu'il eût à faire une seule visite. On se consolait alors en pensant que la tante Sara était riche, vieille et malade; et, disait Suzette: « Plus le mal est grand, plus le bien est proche. » Proverbe aussi ingénieux que véridique.

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