‹ Contes suissesChapitre 140 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lies Héritier».

Mais le docteur et Suzette comptaient trop légèrement sur riiéritage de la tante Sara, car elle vivait encore; puis il n'était pas certain que Mlle Waldhorn sa nièce et son époux fussent institués ses légataires universels. Il est vrai que cet aimable couple avait le plus grand besoin d'un héritage; mais il restait encore une autre nièce et son époux, M. l'avocat Zange, et, en outre, deux neveux, le ministre de l'Évangile Waldhorn et le prof essor philosophiœ du même nom. Tous avaient autant de prétentions a la succession de leur tante que Suzette et son époux ; tous espéraient avec la même ardeur la prochaine béatification de la vieille demoiselle.

De tous ces héritiers, le philosophe Waldhorn était celui qui avait le moindre sujet de perdre patience. Il possédait une belle fortune , et il philosophait chaque jour fort agréablement devant une table bien servie. Un monument impérissable de son spiritualisme, c'est l'immortel ouvrage en cinq tomes, intitulé : Le Sage au milieu des peines de la vie. Il y prouve que tous les maux n'existent que dans notre imagination, et que la sagesse consiste à contempler les choses sous leur aspect agréable.

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Il contemplait en effet sa tante sous son aspect agréa- L ble, à savoir sous celui de sa succession. Il lui rendait des visites assidues, l'invitait souvent à ses repas, et loi envoyait des morceaux choisis de sa cuisine ; aussi le nommait-elle son très cher neveu. —Je n'ai rien de trop, disait-elle quelquefois; mais s'il fallait songer à mourir, je penserais a vous, mon neveu. — Le philosophe entendait ces paroles avec plaisir; il comptait recueillir seul l'héritage, et éclipser tous ses rivaux.

Sa philosophie l'eût sans doute emporté, si son cousin le ministre Waldhorn n'eût pas exercé une grande influence sur sa tante, en vertu de sa théologie. MUe Sara était extrêmement pieuse , et craignait Dieu par-dessus tout. Elle visitait régulièrement les réunions des fidèles oh le pasteur Waldhorn débitait ses sermons. Quand elle entrait en conférence avec lui , elle lui disait en soupirant qu'il clait le sauveur de son âme, et qu'elle lui en témoignerait sa reconnaissance à sa dernière heure, tè théologien écoutait avec joie les promesses de sa tante. La succession ne saurait m'échapper, disait-il; ma tante est trop pieuse pour la laisser en d'autres mains 1

Sa confiance eût peut-être été justifiée, si la science jurisprudenllclle de son coiisln l'aVocat Zahge ne lui eût donné une grande importance auprès de sa tante. M11* Sara méprisait, il est vrai , le monde et ses richesses , et plaignait fort ceux qui s'y attachaient; mais elle prêtait néanmoins k gros intérêts et sur de bons gages, le tout pour dégoûter ses clients des affaires temporelles et leur inspirer le détachement des biens terrestres. Son zèle allait si loin, que là bonne demoiselle se trouvait souvent en-

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gagée dans de fâcheux procès; et elle eût souvent perdu intérêts et capital sans son neveu l'avocat, qui était connu pour le premier cfrio*u«*r 4* h f itie; 11 eût enlevé à une pauvre famille ses dernières ressources, plutôt que de mettre en danger un ém pr&é au Renier vingt. — Je ne serais qu'une pauvre fille abandonnée, si vous ne vous intéressiez pas à moi, mon neveu, disait la tante Sara; ce que je possède je vous le dois ; un temps viendra où je pourri! volai te rendte. ±* t* jurisconsulte ne perdait pas ùu nîbt de éè tjbe lui disait sa tafttf . il opérait recueillir seul ta succession , et comptait bien ne pas s'oublier torsqull rédigerait te testament.

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