CHAPITRE IV
lia Ctonswltatton
H prit sou chapeau, mais il ne courut pas. La confidence conjugale l'oppressait encore. Il songeait à ses toiuces ressources y à sa misérable clientèle. Il enfonça son chapeau sur ses yeux, et marcha & grands pas en heurtant tous les passants; il renversa même dans sa course un chanoine qui était cependant une des lumières de l'Église.
En arrivant chez la tanle Sara il ne la trouva pas, comme il s'y attendait, sur un lit de douleurs, mais assise, et parcourant, ses lunettes sur le nez, un livre ascétique renfermant des considérations pieuses sur la mort.
— Qu'avez-vous ? lui demande le docteur en déposant sa canne et son chapeau sur un siçge.
— Dieu le saitl dit la vieille fille en soupirant. Je souffre beaucoup ; il me semble que je sens approcher ma dernière heure. Cela serait bien affreux.
Le docteur lui tâta le pouls avec distraction, et dit en pensant a autre chose : Il y a de l'agitation. — Encore un! ajouta-t-il, car l'honnête docteur était toujours, en esprit, au logis avec Suzette.
— Me trouvez-vous mal, mon cher Falk? demanda la malade pleine d'inquiétude.
456 LA VIEILLE FiLLC.
— • Pas mal pour votre âge, répondit le docteur toujours distrait.
— Vous trouvez? dit-elle d'un air plus satisfait. Mais,
au fait, je suis dans mes plus belles années Si je me
portais mieux Que Dieu ait pitié de moi! Mon cher
Falk, je ne me sens pas bien. Elle se mit à lui décrire tout ce qu'elle éprouvait. Le docteur battait des doigts sur la table, et ne songeait qu'a l'accroissement inattendu de sa famille; aux embarras qui se préparaient pour lui, aux dépenses que lui causerait le petit ange que le ciel lui envoyait. Mon Dieu , elle est grosse ! s'écria-t-il tout a coup.
— Juste ciel ! s'écria d'une voix perçante MIle Sara Waldhorn ; juste ciel ! le pensez-vous, docteur ?
Lorsque le docteur entendit les paroles retentissantes de la vieille demoiselle, une sueur froide découla de son front. Il pensa que, dans sa distraction, il avait eommis involontairement une offense que ne pardonne jamais une fllle qui atteint à la cinquantaine, une vierge surannée, bref une personne telle que MUe Sara Waldhorn.
Et, ne sacbant comment sortir d'embarras et réparer sa sottise, il chercha son salut dans la fuite.