CHAPITRE VIII
lies Suites de l'Invasion.
Lorsque Sara eut assez gémi, elle dit d'une voix tremblante : Mon neveu, lorsque vous me quittâtes hier eu prononçant ces affreuses paroles
Le docteur voulut de nouveau lui demander pardon.
— Non, mon "neveu, vous aviez sans doute vos raisons.
— C'est une distraction, ma tante. Ce n'est pas de vous que
— Mon neveu, vous êtes un habile docteur ; je reconnais votre expérience, elle ne vous trompe pas.
— Mais vraiment, ma tante, c'est trop de sarcasmes pour une simple parole échappée
— Nullement, mon neveu, vous pourriez avoir observé
— C'est impossible. Je sais, ma tante, que votre vertu doit vous mettre à l'abri.....
— Vous avez raison. Vous pensez qu'à mon âge j'aurais dû être plus raisonnable. Vous avez raison, mon neveu... mais maintenant vous le savez. Le malheur que je craignais est arrivé. J'étais mariée, — mais secrètement, bien secrètement. — Qui voudra le croire aujour-
d'kui qu'il a été tué par un boulet dans le Tyrol! Voici ses lettres... Il est mort, et...
— Qui donc, ma tau te? s'écria Falk, frappé de stupeur.
— Ah ! le trompette de hussards français qui était logé chez moi l'été dernier... Ce n'était pas un trompette ordinaire, mon neveu...; mais, juste ciel! je ne pouvais me dire la femme d'un trompette de hussards ! Et maintenant me voila veuve. Pas une âme ne voudra le croire; . et je mourrai de chagrin si l'on vient a connnaitre mon ] . état. Je serai la fable de toute la ville! I
Le docteur secoua la tête; il pouvait à peine revenir j de sa surprise. H avait vu souvent, il est vrai , le trom- • pette dans la chambre de sa tante; mais Falk, qui ne partageait pas les idées de Goethe sur les affinités humaines, n'avait jamais soupçonné qu'il existât une affinité entre la dévote Sara et un hussard. Il s'expliquait alors clairement la libéralité soudaine de la vieille fille, qui redoutait tant de voir la ville apprendre que le miroir de vertu du pays se fût si complètement terni.
Il donna encore sa parole de garder le silence, et il fut résolu que la vieille tante viendrait habiter avec le docteur la maison des champs dont elle lui fit donation en règle. Suzelte fut seule admise dans le secret.