‹ Contes suissesChapitre 147 sur 159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Il» Veuve du Trempette

Gela s'appelle, disait souvent Sara a Suzette, cela s'appelle vraiment vivre pour voir des miracles. Aurais-je jamais pu le penser 1 Je comptais trop sur mon indifférence, et j'en ai été punie. 0 le trompette 1 le trompette!

Cette circonstance exerça au reste une heureuse influence sur la tante Sara. La crainte de s'exposer aux regards curieux de sa société ordinaire l'éloigna des vieilles filles qu'elle fréquentait, et elle trouva plus de goût à vivre dans l'intérieur de la famille du docteur. Elle écoutait encore avec plaisir les propos de la ville, mais elle condamnait moins rigoureusement qu'autrefois; et souvent, lorsqu'elle entendait parler des fautes d'autrui, elle baissait la tête en soupirant. Elle se montrait plus généreuse , plus modeste , plus humble même qu'on ne l'avait jamais vue. Ses rapports avec des gens simples et bons, la résolution héroïque qu'elle avait prise de donner une partie de ses biens au docteur , tout cela avait opéré en elle un changement total. Elle renonça même aux affaires d'usure, que son éloignement du monde l'empêchait d'ailleurs de suivre.

Cependant les trois facultés souffrantes jetaient feu et flamme. L'avocat Zange, le ministre et le théologien s'ac-

disaient à l'envi. La tante Sara leur avait défendu une fois pour toutes l'entrée de sa demeure, et fait dire a chacun en particulier qu'il devait cette disgrâce aux propos des deux autres. Le philosophe écrivit un ouvrage admirable sur les passions humaines, et le ministre prononça les sermons les plus touchants sur l'ingratitude, la calomnie, l'avidité et l'envie; pour l'avocat, il voyait dans cette affaire la matière d'un interminable procès.

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