CHAPITRE IV
tm Cruélie.
IA enté dé Ift Nàpfcule se nommait le père Jardine ; c'était un* Vieillard de Soixante-dix ari&. Il avait toutes les Wrm d'un saint, et uii seul défaut, celui d'être sodrd. Mais en revanche il prêchait de manière a se faire en* tlettdtë des orelllfes les plus eïidtircieè , et chacliki l'ëcoutait avec plaisir. 11 est vrai que se$ Sertiions ne roulaient jamais que sur deux pointé; c'était : « Enfants, aifaiezvous les uns les autres! » ou : « Les Voies de Dieu sont merveilleuses I » Il y avait daus ces deux maximes assez de foi , d'amour et d'ëspétance pôùt faite son1 salut et son bonheur. Aussi lès jeunes gens s'aimaient-ils entre eut, et attendaient-ils avec espoir lé moment d'entrer dans les voies du Seigneur. — Colin seul ne faisait nulle attention aux sermons du pasteur; son air tranquille cachait de mauvaises pensées.
Les Napoulois vont âtiti uëlleitoent & là foire de Vence. C'est la qu'on mène joyeuse vie, et qu'on trouve, a défaut d'argent, beaucoup de marchandises. Mariette et sa mère Marion vinrent à la foire, et Colin aussi. Il acheta mille bagatelles pour ses connaissances, — mais rien pour Mariette. Et cependant il était sans cesse sur ses pas; mais il ne lui parlait pas. 11 avait évidemment de méchants desseins.
La mère Manon s'arrêta enfin devant une boutique : 0 Mariette, vois la belle cruche! dit-elle; une reine n'en aurait pas une plus belle. Vois comme elle est dorée, et les belles fleurs qu'on y a peintes !
Mariette ne pouvait se lasser de regarder ce chef-d'œuvre; elle appela toutes ses amies pour l'admirer, et bientôt presque tous les Napoulois se trouvèrent en contemplation devant la cruche. Manon en demanda timidement le prix. — Elle vaut cent livres entre frères, dit le marchand. Tout le monde garda le silence, et l'on s'éloigna peu a peu.
Lorsqu'il ne se trouva plus un seul Napoulois arrêté devant la boutique, Colin se glissa jusqu'au marchand, mit cent livres sur la table, fit soigneusement emballer la cruche, et l'emporta. Personne n'eût soupçonné ses projets insidieux.
Comme il approchait de la Napoule, il rencontra sur la route le vieux Jacques, le valet du juge, qui revenait des champs. Jacques était un bon homme, mais cordialement stupide.
— Jacques, tu auras pour boiçe, dit Colin ; porte cette boîte dans la maison de Manon. Tu diras qu'un étranger te l'a remise. N'ajoute pas un mot de plus, ou tu auras affaire a moi.
Jacques promit de faire ce qu'on lui demandait, et, la boîte sous le bras, prit le chemin de la petite maison située entre des oliviers et des acacias d'Afrique.