‹ Contes suissesChapitre 17 sur 159 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lie prince de Soubi&e*

Pendant ce temps, la voiture du prince de Soubise entrait sous le vestibule. Le prince montait les marches de l'escalier, lorsque Pauline sortit de sa chambre. L'entretien fraternel qu'elle venait d'avoir animait, encore. son teint des plus vives couleurs. Le prince qui ne l'avait jamais vue aussi attrayante, — et,, en effet, comment aurait-elle semblé plus séduisante qu'animée par le feu d'un premier amour? — le prince perdit presque la parole a la vue de celle ligure angélique.

— Mon Dieu ! que vous êtes belle !. dit-il en lui baisant la main. Elle le conduisit dans le salon , et le plaignit de ne pas rencontrer le comte, qui était sorti, ainsi que la comtesse et sa 011e.

— Vous me plaignez, et moi j'en suis. ravi. Puissé-je toujours être dédommagé, comme je le suis aujourd'hui, de semblables accidents 1 dit-il.

Pauline , habituée a ses flatteries > n'y donnait aucune attention , et les regardait comme de simples politesses. Ses pensées la transportaient auprès du frère de son choix, et elle songeait aux moyens de secourir M. Larmes. Elle avait eu d'abord le dessein de révéler sa situation au comte d'Or on. Elle espérait , par son crédit et sa pru-

dence, détourner de la tôle du vieux commis le malheur qu'il attendait avec résignation , en se conGant pieuse- |nea| a la bon Je du pie! ; mais le courage lui manquait en songeant au lâche égoïsme et à l'orgueilleuse indifférence a,veç laquelle le CQipte traitait ïeg malheurs d'auliu^JL'arrivée (Jm prince changea les projets de Pauline. L'Jiqmme de coiK,.qiji approchait sans cesse du cardinal de Bernis, alors ministre tou t- puissant , et même du |ai,ii. pouvait seul devenir le sauveur du malheureux vieillard. , • ,

— Monseigneur, lui dit-elle, je vflus prie eu grâce, Mfte*Ja le ion de badinage; je voudrais vous parler d'uo qtyet font $ érieux*

-> Quoi 1 bellç Pauline ? s'écria Je prince , sérieusement l prenez-vous l'amour pour un badinage?

— Le vôtre, du moins.

— S'il en est ainsi, il n'est rien de sérieux et de sacré dans le monde 1 Tout est tromperie , tout est mensonge , Pauline ; tout , jusqu'à voire taille divine et le charme que répandent vos regards enchanteurs.

— Je vous supplie , prince , épargnez-moi un langage que je ne saurais entendre plus longtemps. Pourquoi me dites-vous toutes ces choses ? Pour charmer quelques moments d'ennui. Parlons de quelque chose de meilleur. Ou vous voulez me prouver que vous êtes l'homme Je plus spirituel et le plus poli , et je le sais déjà, aussi bien que Loule la cour et toute la ville ; ou vous me parlez ainsi pour que j'ajoute foi à vos. paroles. Mais, mou-

8e»gneur, j'espère que vous avez. meilleure opinion de moi.

— Quelle petite sophiste vous êtes! Oui , si vous avez jamais cru à une chose évidente, croyez a la vérité du sentiment que vous m'avez inspiré ; croyez que, pour vous prouver ma passion, je donnerais, a chaque instant de ma vie, mon sang...

— Dieu m'en préserve , monseigneur ! Ne me parlez pas de sang 1 de semblables tableaux ne me plaisent guère. Mais si j'étais assez heureuse pour avoir quelques droits à votre estime, à...

— A tout, à tout 1 s'écria le prince de Soubise , en recommençant une suite de protestations et d'assurances dont nous ferons grâce à nos lecteurs.

Mademoiselle de Pons sut proBter de tout l'avantage de sa position. Elle adressa une humble prière au prince, qui lui déclara qu'elle serait remplie, avant qu'elle eût pu lui en faire connaître l'objet. Alors elle lui raconta toute l'histoire du malheureux commis, qu'elle prétendit avoir apprise fortuitement, et à qui, dit-elle, elle prenait un vif intérêt, uniquement parce qu'il habitait l'hôtel d'Oron.

— Prince, ajouta-fcelle , il vous serait facile de sauver l'innocence ; qui mieux que vous pourrait secourir un infortuné , vous dont les paroles ont tant d'influence auprès du cardinal?...

— Oh ! ne parlons pas du cardinal, s'écria le prince. Je ne me fie pas a lui. C'est le protecteur du prodigue Gatry, et, si je ne me trompe, l'adorateur déclaré de sa fille. Il faut laisser le cardinal hors du jeu ; mais.... Le prince se tut , réfléchit , se frotta le front , et dit (ont à coup : — Mademoiselle, je vous quitte; nous n'avons pas

un moment a perdre. Je suis jaloux de ne pas me laisser ravir l'occasion de vous rendre un petit service. Adieu 1 charmante Pauline, je n'aurai pas de repos jusqu'à ce que votre désir soit accompli.

11 lui baisa encore là main, et s'éloigna.

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